Une étude prouve que le langage SMS ne menace pas le français

Anglicismes rares, règles d'orthographe respectées... Selon une étude du Fonds national suisse (FNS), le langage SMS n'est pas une menace pour notre langue.
11 juin 2013, 09:35
Writing short text messages (sms) on the Nokia mobile phone, pictured in Zurich, Switzerland, on September 5, 2012. (KEYSTONE/GAETAN BALLY / Keystone)

L'anglais devient de plus en plus important, même en Suisse. Les puristes craignent donc que les anglicismes se multiplient dans les langues nationales. Mais si on a l'impression que les expressions en anglais sont "in" pour les jeunes, une équipe de chercheurs de l'Université de Zurich a toutefois découvert que ce n'était pas le cas.

Très peu de termes anglais

L'analye de 4'600 SMS, envoyés majoritairement par de jeunes suisses alémaniques et romands, a montré que l'utilisation de termes anglais est plutôt rare, soit 3,16 % chez les germanophones et 2,34 % chez les francophones.

Parmi ces mots anglais, la plupart étaient des emprunts, comme "jogging" en français - des emprunts qui figurent depuis longtemps dans le Duden ou le Grand Robert. Moins de 1% de ces mots étaient de "véritables" mots anglais, souvent utilisés pour les salutations, par exemple "hi", "love you" ou "kisses".

Pas de menace

A titre de comparaison, d'autres études montrent que les anglicismes dans la langue orale ne représentent également que 2% environ du vocabulaire utilisé.

"Les anglicismes sont présents, mais ils ne menacent pas les langues locales", estime Elisabeth Stark, qui a dirigé la recherche. L'étude prouve même que les Suisses alémaniques au bénéfice d'une formation supérieure sont plus enclins à utiliser des anglicismes dans leurs SMS. En français, l'utilisation de mots anglais était trop faible pour faire la même déduction.

Suisse plurilingue

Les Suisses ont tendance à alterner d'une langue nationale à l'autre ou de passer du dialecte à la langue standard plutôt que d'utiliser des anglicismes dans leurs SMS. Au total, environ 24% de tous les SMS ayant fait l'objet de l'étude sont plurilingues et contiennent donc des mots étrangers. Comparés à des corpus de SMS similaires de l'étranger, ces chiffres sont très élevés ", déclare Elisabeth Stark. Le plurilinguisme de la Suisse se retrouve donc dans les SMS.

Bonne orthographe

Les personnes adeptes des textos respectent grandement les règles d'orthographe apprises à l'école. "On pourrait, par exemple, écrire 'tu vien' au lieu de 'tu viens'. Cela serait plus court et cela se prononce de la même façon", explique Elisabeth Stark. Or la bonne orthographe prime sur la tentation de raccourcir les mots. Selon la chercheuse, près de 90% de ces cas sont bien orthographiés dans les SMS. Elle en déduit donc que le processus d'écriture se déroule presque automatiquement.

SMS pour la recherche

Le projet de recherche international sms4science étudie la communication par SMS et tente de décrire les caractéristiques linguistiques des SMS. Pour le sous-projet suisse, les chercheurs ont invité en 2009 tous les utilisateurs et utilisatrices de téléphones portables en Suisse à envoyer une copie de SMS envoyés à un numéro gratuit et à remplir un questionnaire anonyme sur Internet. Ainsi, ils ont reçu au total 26 000 SMS en Suisse. Des chercheurs des universités de Zurich, de Neuchâtel et de Berne, ainsi que de l'université de Leipzig, participent à ce projet.