Renens: le procureur requiert 18 ans de prison contre le père qui a tué son bébé

Le jeune homme qui avait poignardé son bébé en juin 2013 à Renens dans le canton de Vaud encourt une peine de 18 ans de prison.

25 sept. 2014, 17:56
La rue du 1er mai à Renens (VD) a été bouclée vers 18h30 par les forces de police en raison d'un conflit familial avec séquestration d'enfant.

Le père qui a poignardé à mort son bébé en juin 2013 à Renens (VD) a comparu jeudi devant le Tribunal criminel à Lausanne. Le procureur a requis 18 ans de prison ferme à son encontre, l'estimant notamment coupable d'assassinat. L'avocat de la mère a réclamé la réclusion à vie.

"A aucun moment, ma cliente n'a exprimé de sentiment de vengeance. C'est une étude objective du dossier, un dossier dur qui me mène à demander la réclusion à vie", a déclaré François Berger, avocat de la partie civile.

L'expertise psychiatrique de cet homme, un ressortissant congolais de 29 ans, a beau mettre en lumière un niveau intellectuel très faible, du narcissisme et un trouble de l'adaptation qui mènent à une légère diminution de sa responsabilité pénale, l'avocat de la plaignante est catégorique. "Sa responsabilité morale est totale", a-t-il martelé.

Rien de passionnel

"On ne saurait retenir le meurtre passionnel", a abondé le procureur. Cet homme est "responsable du conflit conjugal, de la séparation ainsi que de l'intervention de la police. Il doit assumer l'entier de la responsabilité du désarroi auquel il prétend", a affirmé Bertrand Bühler.

A sa charge, des précédents. En 2007, il a ainsi été condamné à la prison avec sursis pour extorsion. Il avait par ailleurs déjà frappé la mère de son fils lorsqu'ils faisaient ménage commun. "Et a tellement effrayé une de ses anciennes compagnes, qu'elle est partie plusieurs mois au Mexique", précise l'avocat.

Premiers pas

Le 22 juin, trois semaines après avoir violemment battu la mère de son fils dont il vivait séparé, il la contacte afin de voir son enfant de 11 mois. Lui vit à Renens, elle, une ressortissante portugaise de 26 ans, dans la région de Neuchâtel. Ils se retrouvent à Neuchâtel.

Le bambin fait ses premiers pas devant son père, l'homme est très ému et le prend dans ses bras. "A partir de là, je ne pourrai plus le récupérer", a raconté la mère.

Sous la menace d'un couteau, ce que l'accusé a nié tout le procès mais avait avoué lors de sa première audition, ils passent quelques heures à Neuchâtel avant de monter dans le véhicule de la mère. Puis il la prive de téléphone et exige qu'elle les ramène à Renens.

Enfermé chez lui

A peine arrivé devant l'immeuble, le père sort du véhicule avec son fils et s'enferme dans son appartement, selon la mère. Empruntant le téléphone d'une passante, celle-ci appelle alors la police.

Après plus de 3h30 de négociations, les forces d'intervention décident de prendre l'assaut de l'appartement. L'homme assène alors trois coups de couteau à son fils, le blessant mortellement. Puis il tentera de mettre fin à ses jours, mais ne sera que superficiellement blessé.

Pour l'avocat de la défense, une question se pose: "comment en est-on arrivé là?" S'il n'a pas abordé l'intervention des forces de l'ordre au procès, Me Simon Perroud a mis l'accent sur le parcours chaotique de son client, qui a connu des difficultés d'intégration et était depuis plusieurs années au chômage.

Délire paranoïaque

Au moment des faits, l'accusé était en outre dans un "délire paranoïaque", avait peu dormi, pas mangé, fumé des joints et bu de l'alcool. "Mon client n'avait qu'une seule obsession: ne pas être empêché de voir son fils, sa seule réussite après tant d'échecs".

Reste que les changements de version de l'accusé au cours de la procédure et l'absence de réponses jugées convaincantes n'ont pas été du goût du président. "Vous mentez mal. Pour mentir, il faut être plus intelligent que vous ne l'êtes", "vous êtes en-dessous de tout, le parfait parasite".

Au terme du procès, le père était toujours incapable d'expliquer son geste: "Je m'excuse, je n'ai pas d'explication rationnelle", a-t-il confessé. Le jugement sera connu lundi.