Les sondages résistent au couac des minarets

26 janv. 2010, 12:21

L'ENVERS DU DÉCOR - PAR CHRISTIANE IMSAND

Le vote sur les minarets n'a pas seulement provoqué un débat sur l'islam, mais aussi sur la pertinence des sondages. Avant le scrutin du 29 novembre, les données publiées par l'institut GfS laissaient entrevoir un rejet de l'initiative antiminarets par 53% des suffrages. Patatras, elle a été acceptée par 57% des voix. La crédibilité de l'institut GfS, qui est sous contrat avec la SSR jusqu'à la fin de la législature, en a pris un coup. Déstabilisée, la SSR a annoncé qu'elle ne publierait pas le résultat des prochains sondages sur les votations fédérales. Cela n'a pas empêché hier une palette de politologues bernois de présenter les résultats d'une enquête post électorale réalisée par... l'institut GfS! Seul manquait le directeur dudit institut, Claude Longchamp, qui n'a pas pris la peine de venir expliquer pourquoi ce sondage post électoral serait plus fiable que le sondage préélectoral.

A défaut, la question a été posée au professeur Hans Hirter, qui a dépouillé les données recueillies par les enquêteurs. Selon lui, les réponses données après le scrutin auraient davantage de consistance car elles reposent sur un vote effectif. En résumé, explique-t-il, la majorité a cherché à donner un signal symbolique contre l'extension de l'islam en Suisse, mais ce résultat ne doit pas être compris comme un rejet général des musulmans vivant dans notre pays. Preuve en est que 64% des personnes qui ont voté se disent convaincues que le mode de vie des Suisse et celui des musulmans font bon ménage.

Voilà qui permettra à Micheline Calmy-Rey de continuer à répandre un message lénifiant dans les pays musulmans. Par contre, les partis du centre ont de quoi s'inquiéter. Les réponses des personnes interrogées montrent en effet que les mots d'ordre des partis n'ont été suivis que par les sympathisants de la gauche et de l'UDC. L'électorat démocrate-chrétien et libéral radical n'en a fait qu'à sa tête. Alors que les deux partis prônaient le non, les sympathisants du PDC ont voté oui à 54% et ceux du PLR oui à 60%. Ils ont donc fait basculer le vote en faveur de l'interdiction des minarets.

Cela confirme certes le rôle de pivot joué par les partis du centre, mais ceux-ci vont se retrouver Gros-Jean comme devant si leur électorat ne tient pas compte de leurs consignes de vote. La question va bientôt se poser pour la réduction du taux de conversion du deuxième pilier, soumise au peuple le 7 mars. Le projet est combattu par la gauche et soutenu par la droite. Si les sympathisants du PDC et du PLR faisaient à nouveau preuve d'esprit d'indépendance, la réforme serait morte et enterrée. Face à ces incertitudes, on comprend mieux pourquoi les grands partis qui s'inquiètent des méthodes de l'institut GfS demandent malgré tout à la SSR de publier le sondage relatif à la votation sur les caisses de pension. Pour ajuster leur campagne, ils veulent tous des précisions sur l'état d'esprit de l'opinion publique. Et tant pis si l'image donnée n'est pas entièrement fiable. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.

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