«La porte est ouverte»

Un accord de libre-échange avec l'Europe communautaire? L'Union suisse des paysans est prête à entamer la discussion. Avec les Etats-Unis, le dialogue était impossible Les Etats-Unis tentent de modifier la nomenclature agricole des Nations unies pour y inscrire que le fromage «peut» être fabriqué avec du lait. Donc aussi avec du soja.

20 janv. 2006, 12:00

Un exemple qui illustre la différence culturelle, dans ce domaine, avec les partenaires américains. Et qui, du même coup, met en évidence les affinités avec nos voisins européens.

Le vent du boulet

L'Union suisse des paysans (USP) ne s'y trompe pas. Le projet d'accord de libre-échange avec les Etats-Unis (volet agricole compris), même si son échec paraît probable, ne l'a pas empêché de sentir le vent du boulet. L'effet sur la politique et les structures agricoles suisses aurait été énorme - dévastateur, dit l'USP.

En expliquant, mercredi, les difficultés liées à la négociation d'un tel accord, Joseph Deiss a annoncé la rédaction d'un rapport sur les avantages et inconvénients d'un autre accord possible. Avec l'Union européenne (UE) cette fois, et couvrant le seul domaine agricole. Une manière de maintenir la pression sur le monde paysan, mais sans l'épouvantail américain.

Interrogé à ce sujet, le directeur de l'USP, Jacques Bourgeois, affirme d'emblée que «la porte est ouverte».

Il ne s'agit pas de foncer tête baissée, mais de se préparer positivement à la discussion qui suivra la publication du rapport du Conseil fédéral. «Il faudra étudier les modalités d'un éventuel accord, ses impacts sur les coûts de production. C'est un gros défi pour la Suisse», dit-il.

Mais la suppression des frontières pour le fromage, totale dès 2007, est un exemple probant: les exportations suisses ont déjà augmenté, en particulier dans le haut de gamme. «Et il existe d'autres produits de niche à faire valoir», note Jacques Bourgeois. On pense notamment à la viande séchée. L'Europe, elle aussi, tend à protéger ses labels et appellations.

«On saurait où on va»

Mais il faudra amortir le choc de la concurrence européenne. Le directeur de l'USP évoque notamment l'idée de desserrer l'étau de la législation en matière d'aménagement du territoire.

A l'inverse, les coûts de production pourraient baisser si les moyens utilisés (des engrais jusqu'aux tracteurs) étaient susceptibles d'être achetés aux prix européens. Là, le potentiel annuel dépasse le milliard.

Mais il est clair, tranche Jacques Bourgeois, que l'agriculture suisse est beaucoup plus proche de l'Europe que des Etats-Unis, par la structure des exploitations ou l'attention à l'environnement. John Dupraz, vice-président de l'USP et conseiller national (rad/GE), fait également preuve d'un «optimisme raisonnable» sur les vertus d'un accord avec l'UE: «D'abord parce qu'on saurait au moins où on va», dit-il.

Pays vert, mais pas trop

Dans sa spécialité, les céréales, le dirigeant paysan voit toutefois quelques problèmes à résoudre. Si l'accord débouche sur la disparition des cultures céréalières, parce que trop chères en Suisse, toute la filière en amont et en aval en souffrira.

Et le paysage helvétique sera «désespérément monocolore: vert!». Mais on peut l'empêcher, par des paiement directs ou des labels «pain suisse», suggère-t-il.

Une chose paraît sûre: un accord avec l'UE protégerait mieux la Suisse dans les dures négociations qui se déroulent dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La sensibilité est la même, par exemple dans la défense des appellations d'origine. Pour les Etats-Unis, de tels soucis sont contraires au libéralisme. / FNU