Faux certificats Covid: enquête sur des pharmaciens dans le canton de Vaud, 4 personnes arrêtées à Genève

Le ministère public du canton de Vaud a ouvert plusieurs enquêtes contre des pharmaciens qui ont donné de faux certificats Covid à des connaissances. La police estime pour l’heure à une centaine le nombre de faux. Dans le canton de Genève, 4 personnes, dont des astreints à la protection civile, ont été arrêtées.
08 oct. 2021, 14:37
/ Màj. le 08 oct. 2021 à 16:13
Plusieurs affaires, apparues ces dernières semaines, ont justifié l'ouverture de cette enquête.

Des filières de faux certificats Covid ont été mises au jour en terres genevoises et vaudoises. Les deux cantons ont révélé vendredi des affaires différentes, mettant notamment en cause des astreints à la protection civile (pour Genève) et des pharmaciens (Vaud).

A Genève, quatre personnes ont été arrêtées, dont des astreints à la protection civile (PC) qui officiaient dans un centre de vaccination du canton. Les suspects, des trentenaires, auraient écoulé près de 200 faux certificats, a indiqué le procureur général genevois Olivier Jornot, lors d’une conférence de presse.

Les membres de la PC ont agi avec des rabatteurs. Ceux-ci étaient chargés de trouver des clients, sur internet ou via le bouche-à-oreille, puis de rassembler les informations et d’encaisser l’argent.

La liste pourrait s’avérer amusante. Il faut de l’argent et des relations pour acheter un faux certificat Covid.
Olivier Jornot, procureur général genevois

L’enquête en cours devrait permettre d’identifier les acquéreurs, qui seront aussi poursuivis. «La liste pourrait s’avérer amusante. Il faut de l’argent et des relations pour acheter un faux certificat Covid», a noté Olivier Jornot en imaginant d’éventuels Corona Papers.

Ces faux certificats, délivrés à des personnes qui n’étaient ni vaccinées ni testées, étaient d’abord vendus 400 francs. Mais les prix ont sans doute augmenté une fois que les premiers articles sur ce phénomène sont sortis dans la presse. Et notamment en raison des risques pris par les différents protagonistes, a estimé M. Jornot.

Contrôle lacunaire

Pour obtenir un certificat, il suffisait de donner son nom et sa date de naissance au rabatteur. C’est ce qu’a fait une policière dans le cadre de recherches secrètes menées pour démanteler cette filière.

Le procureur général s’interroge sur le manque de supervision pour émettre un certificat dans le centre de vaccination en question, sur lequel il ne donne aucun détail. Un processus de contrôle à quatre yeux n’existe pas.

Autre inquiétude soulevée par le procureur général: la facilité d’accès au mot de passe de l’ordinateur. Pour émettre le QR code, il faut se connecter à une base de l’OFSP qui délivre un mot de passe valable une journée. Ce code est introduit dans l’ordinateur le matin et reste ensuite en libre accès, a-t-il constaté.

Pharmaciens vaudois en cause

Dans le canton de Vaud, les faux certificats ont été établis par des personnes travaillant dans des pharmacies. Elles les auraient ensuite délivrés à des proches, parfois contre rémunération.

A ce stade, la police estime à une centaine le nombre de faux certificats remis à des personnes qui n’étaient ni vaccinées ni testées. «Nous n’excluons pas qu’il y en ait davantage. L’enquête en cours permettra de déterminer l’ampleur de la fraude», a indiqué Florence Frei, porte-parole de la police cantonale, contactée par Keystone-ATS.

Nous n’excluons pas qu’il y en ait davantage.
Florence Frei, porte-parole de la police cantonale vaudoise

Le nombre de protagonistes impliqués n’a pas été dévoilé. Il est toutefois ressorti qu’ils travaillent dans plusieurs pharmacies du canton, apparemment à des postes divers, «de l’assistant au pharmacien responsable», a relevé Mme Frei.

Elle n’a pas pu en dire davantage sur le prix qui était exigé pour s’offrir un certificat frauduleux. «La rémunération n’était pas systématique», a-t-elle juste précisé.

Poursuites pénales

Le gérant d’une pharmacie aurait donné l’alerte et dénoncé cette pratique, pour au moins l’un des cas, a rapporté la porte-parole.

Elle a aussi relevé que les autorités avaient souhaité communiquer sur cette affaire à des fins de «prévention». Dans son communiqué, la police cantonale souligne en effet que «toute personne créant, contrefaisant ou utilisant de tels certificats s’expose à des poursuites pénales.» Ces infractions sont passibles d’amendes et de peines de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans.