Les vaches qui regardent passer les trains

31 mars 2008, 12:00

Les vaches, dans les prés, aiment bien regarder les trains qui passent. Et moi quand je suis dans le train, j'aime bien regarder les vaches dans les prés. Mais ça devient de plus en plus difficile. Non qu'il y ait moins de vaches, mais les trains vont de plus en plus vite. Et encore, pas assez, nous dit-on. Quand j'étais garde-barrière pendant mes études, les trains s'arrêtaient aux Abattoirs, à Bonne-Fontaine, aux Eplatures, et les conducteurs avaient tout le temps d'envoyer de grands signes de bonjour depuis la loco. Mais le temps, cette denrée si rare et si précieuse, ne saurait désormais être gaspillé de telle manière. Prendre son temps? C'est un luxe exorbitant, hors de portée même des plus fortunés. L'autre jour à la télé, on nous présentait des jets privés pour hommes d'affaire qui ainsi, expliquait l'hôtesse, avaient des conditions idéales pour bien travailler. Et ne pas regarder les jolis nuages, là en bas. Or, curieusement, plus on court après le temps, moins on le trouve. Mais si on le prend, il peut s'étirer comme un élastique...

Le comble du luxe, je l'ai vécu, il y a longtemps mais je m'en souviendrai toujours. C'était un début d'après-midi de juillet, en plein pendant les foins. Et les foins, en ce temps-là, c'était tout le monde sur le pré! Mais j'avais eu la permission de lire pendant une heure. A plat ventre sur la couverture du cheval, dans l'herbe du jardin, le nez dans «Le club des cinq aux sports d'hiver»... Une heure, quand on a dix ans, c'est l'éternité.