Le vin, élixir de jouvence, a-t-il déjà la gueule de bois?

Ça vire à la querelle de bistrot entre promoteurs et détracteurs d'une molécule de jouvence découverte dans le vin rouge il y a cinq ans.
03 févr. 2010, 10:23

Le resveratrol - se prononce mieux à jeun - est parmi les molécules organiques ornant le vin rouge. Il y a cinq ans, on a annoncé tapageusement que lui - et potentiellement le vin - ralentiraient le vieillissement. Le resveratrol activerait la synthèse d'enzymes, les «sirtuines», qui agissent à leur tour sur d'autres gènes. Quand leur production est dopée, la longévité d'organismes est mystérieusement allongée.

Pas d'excès de boisson à ce stade: quand Leonard Guarente, du Massachusetts Institute of Technology, a réalisé ses expériences, il a ajouté chez des levures des copies surnuméraires du gène Sirt1 - plan des sirtuines - et donc multiplié les sites d'action pour le resveratrol. Les levures ainsi trafiquées ont vécu plus longtemps que normal. Puis un étudiant de Guarente, David Sinclair, a vérifié que le tandem resveratrol - gène Sirt1 démultiplié prolongeait idem la vie de vers et de mouche.

Encouragé, Sinclair a co-fondé en 2007 une entreprise, en quête d'autres activateurs de sirtuines, chez les mammifères cette fois. Il en a identifié trois, plus efficaces, l'un avec cette autre vertu du resveratrol de sensibiliser plus à l'insuline - piste possible contre le diabète de type 2. Cette belle vendange a attisé la soif d'un géant pharmaceutique, qui a racheté l'entreprise pour 720 millions de dollars. Joli pourboire.

Mérité? Il y a des sceptiques. Ainsi la biochimiste Kay Ahn, chez un autre géant de la chimie, n'a pu reproduire l'effet du juteux resveratrol sur le taux de glucose sanguin - «Problème d'impuretés», pour Sinclair. Elle n'a pu non plus activer de gènes sans devoir flanquer le resveratrol d'une autre molécule, fluorescente, une commodité expérimentale qui a de quoi couper la soif. Mais pour Guarente, ce complément est certes nécessaire dans un verre de laboratoire où l'on tient un gène isolé, mais dans un organisme, le resveratrol a d'autres alliés. A quoi un ex-collaborateur rétorque qu'il est bien difficile de suivre le resveratrol dans une cellule, ce joyeux convive interagissant avec toutes sortes d'enzymes - est-ce même bien lui qui agit sur les gènes Sirt? D'autres réseaux d'influences moléculaires ont été mis en évidence, et le tableau s'est compliqué, conclut un autre biochimiste.

A ce point, l'empoignade en deviendrait soûlante - d'autant qu'on y hume comme un souci de gros sous. En cette matière finalement, un petit «su» ne vaudra-t-il pas toujours moins qu'un grand cru: beaucoup n'avaient pas attendu la science pour s'en convaincre, et expérimenter en amateurs… /JLR

Remèdes millésimés?

Le resveratrol n'a pas fini partout d'enivrer! En août dernier, des chercheurs de Singapour et d'Ecosse ont élucidé comment le composé peut contrôler une inflammation dans l'organisme - c'est dire qu'on lui avait précédemment trouvé des vertus anti-inflammatoires.

Le mécanisme d'action est à ce point efficace que les chercheurs ne craignent pas d'affirmer que le resveratrol - ou un dérivé - pourrait s'utiliser contre des inflammations dangereuses telles qu'appendicite, péritonite, septicémie… Dans ce dernier cas, le resveratrol pourrait aussi prévenir les séquelles souvent handicapantes, durablement, d'inflammations étendues à plusieurs organes.

Pratiquement, des souris, dont la moitié avaient été prétraitées au resveratrol, ont été exposées à un agent infectieux. Sans resveratrol, la réaction a été violente. Avec, elle a été bénigne. Des analyses fines ont révélé que le resveratrol empêche l'organisme de produire deux des molécules stimulant les réactions inflammatoires, limitant ainsi les excès dommageables auxquels celles-ci nous livrent parfois… /jlr