Chronique d'un legs embarrassant

La commune a hérité en 2003 d'une maison de maître qui devait rester dans son patrimoine. Mais les descendants de la légataire veulent racheter ce bien La prochaine séance extraordinaire du Conseil général des Verrières promet d'être animée. Les élus de la commune frontière devront, mercredi soir, décider de la vente de deux parcelles de terrain, l'une construite, l'autre non.Les deux affaires pourraient déboucher sur des projets économiques ambitieux.

06 févr. 2006, 12:00

Le premier objet concerne la vente d'une parcelle de 8000 mètres carrés de terrain à la société allemande CMC Biacryl SA, active dans la construction de plaques en plexiglas de grands formats. Seules quatre entreprises au monde produisent ces matériaux d'une dimension exceptionnelle, utilisés pour des affiches publicitaires ou des aquariums. L'entreprise prévoit la construction d'une usine, avec à la clé la création d'une dizaine d'emplois.

Mais c'est autour du deuxième objet que les débats risquent d'être vifs: la vente d'un terrain bâti, en plein centre du village, au petit-fils de l'ancienne propriétaire. Là aussi et si l'affaire se conclut, un important projet culturel et commercial pour le Val-de-Travers pourrait voir le jour.

Le contexte est assez exceptionnel. En août 2002, décède aux Verrières la doyenne du village. En mourant, elle lègue à la commune sa propriété de maître, en y mettant cependant deux conditions: premièrement, la bâtisse devra rester dans le patrimoine communal. Deuxièmement, l'employée de maison, alors au service de la doyenne, pourra y demeurer gratuitement et à vie. Le Conseil communal s'engage alors moralement.

Dans sa séance d'avril 2003, le Conseil général verrisan accepte le legs à l'unanimité, «avec remerciements infinis (à la défunte) pour ce don et tout ce qu'elle a fait pour notre commune», comme le mentionne le rapport du Conseil communal au sujet de la vente en question. Car la défunte n'est pas n'importe qui: elle est la descendante d'Arthur Borel, ingénieur suisse associé à trois générations de Pernod dans la fabrication de l'absinthe. Elle fut l'un des plus importants contribuables de la commune.

Solution idéale

Mais les municipaux sont un peu gênés. La bâtisse est certes grandiose, mais nécessite de gros investissements pour sa rénovation complète, argent que la municipalité n'a pas. Or, quand le petit-fils de la défunte, accompagné de son père, propose, début 2005, à la commune de racheter le bien, elle voit en cette demande la solution idéale à ses tracas: «Cette situation exceptionnelle dispense le Conseil communal de son engagement moral, puisque la maison revient dans la famille», mentionne le rapport. Pour que l'affaire ne supporte aucun soupçon de trahison, la fille de la doyenne, ainsi que son mari, donnent même leur accord par écrit pour la cession, et le prix de la maison est fixé à 120.000 francs. «Nous avons demandé à la BCN combien elle prêterait à celui qui voudrait acheter cette bâtisse, explique Maurice Ryter, conseiller communal en charge des domaines et bâtiments. Elle nous a répondu: 240.000 francs. Mais cela ne veut pas dire que c'est le prix qu'elle vaut. Il ne faut pas oublier que l'employée de maison peut rester là à vie et gratuitement. Cette somme de 120.000 francs est le résultat de la négociation entre les acheteurs potentiels et la commune. Et c'est tout bénéfice pour nous, car en plus de la vente, nous conservons les hangars des travaux publics, qui font actuellement partie de la propriété.»

Un prix qui risque de ne pas faire l'unanimité. Mais la commune a-t-elle le choix? Si la vente ne se fait pas, personne d'autre ne pourra acheter la bâtisse. / FAE