Quand l'habit ne fait pas le moine...

22 oct. 2010, 12:32

CRITIQUE - PAR DENISE DE CEUNINCK

Des Etats-Unis à Paris, Sir Neville Marriner était sûr que ses valises le suivraient. Erreur. Son frac s'est égaré à Berne! Pas grave. On était venu, mercredi à L'Heure bleue, pour entendre de la musique, wasn't it?

Dirigé par Sir Neville Marriner, l'Orchestre symphonique de Berne a dressé un portrait tout aussi virtuose que poétique de l'Introduction et allegro pour cordes de Edward Elgar, soliste Alexandru Gavrilovici.

Peu de gestes mais une implacable rigueur, on a retrouvé en Sir Neville Marriner tout ce qui a fait sa renommée. Il a révélé la «London symphony» de Ralph Vaughan Williams avec une humilité qu'on n'imagine plus. Il garde une présence et une flamboyance qui n'ont pas fini de séduire... L'½uvre s'inspire de scènes de la capitale, du carillon de Westminster, rendu par la harpe. Les mouvements s'enchaînent dans des coloris crépusculaires ou saisissants d'expression. Assurément ces pages méritent d'être connues. On relève ici le bel élan lyrique, l'enthousiasme de l'Orchestre symphonique de Berne.

On a découvert en Boris Brovtsyn, un violoniste d'une classe exceptionnelle. On sait pourquoi le concerto de Samuel Barber, d'une difficulté diabolique, est si rarement joué. Boris Brovtsyn démontre ici une énergie transcendante. Il a l'intelligence de cette musique, des couleurs orchestrales, du piano, du hautbois. Il déploie une sonorité d'une pureté fascinante, un archet issu de la haute école russe de violon. En écoutant les pages d'Eugène Ysaÿe qu'il a offertes en bis, on retrouvait les silhouettes d'Igor et David Oistrakh. On aimerait entendre Boris Brovtsyn dans les concertos de Stravinsky, de Prokofiev.