La condition féminine en Orient dénoncée lyriquement au Théâtre du Concert

Un opéra militant pour pointer du doigt la condition féminine, en particulier en terre islamique. Telle est la thématique proposée par Opéra en Scène qui présente «Shéhérazade, procès d’une infidèle» au Théâtre du Concert, à Neuchâtel.

10 sept. 2020, 12:00
Gaëlle Méchaly et Philippe Huttenlocher, qui n'a pas encore revêtu son habit de Grand Mollah.

On connaît la Shéhérazade des «Mille et Une nuits», qui essaie d’échapper à la mort assurée que veut lui infliger son époux jaloux. Dans l’opéra «Shéhérazade, procès d’une infidèle», c’est au Grand Mollah (le baryton Philippe Huttenlocher) que l’héroïne (la soprano Gaëlle Méchaly) se trouve confrontée. Elle qui voyage seule, travestie en homme, pour conter la richesse culturelle de la civilisation perse est accusée de bafouer le Coran.

A travers ce scénario transposé en opéra par Louis Crelier, c’est bien le muselage de la parole féminine que les associations neuchâteloise et genevoise Opéra en Scène et Lyrique en Scène, dénonceront en ouverture de la saison du Théâtre du Concert, à Neuchâtel, quatre jours durant, dès le 17 septembre, sur la scène de ce dernier.

Parole érotisante

La mise en scène se décline en trois tableaux. Chacun correspond à une nuit qui retarde la confrontation de la conteuse avec son juge, laissant celui-ci dans l’expectative d’une envoûtante histoire. «Une manière de démontrer que la parole a toujours la faculté d’être érotisante. Raison pour laquelle on s’applique à faire taire les femmes», remarque la metteuse en scène Valérie Letellier.

La musique de cet opéra contient des caractéristiques orientales qui associent des interprétations vocales et instrumentales. Une bande-son, (créée à partir d’instruments classiques, ethniques et de sons synthétiques), de même que les voix d’un chœur, également enregistrées, accompagnent les deux solistes. Auteur de ces arrangements, Louis Crelier se réjouit de constater à quel point le baryton Philippe Huttenlocher, «du haut de sa carrure et de ses 78 printemps» est «juste parfait» dans la peau du Grand Mollah.

Opéra militant

«Cet opéra se veut résolument militant», ne cache pas son compositeur. «Il est inspiré par la situation des femmes en terre d’islam, qui s’est encore dégradée depuis le Printemps arabe. «Plus particulièrement en Iran où la répression contre l’émancipation est de plus en plus cruellement sanctionnée», poursuit Valérie Letellier. Les abominations commises au nom de Dieu sont une thématique qui tient particulièrement à cœur à cette artiste philosophe et philologue. Aussi tient-elle à préciser que l’ensemble du scénario de «sa» Shéhérazade se base sur des témoignages de prisonnières politiques en Iran.

Constitution bafouée

«La difficulté pour les femmes consiste à réinvestir l’agora qui se rétrécit comme une peau de chagrin», déplore-t-elle. Alors qu’au cours des mouvements de révolte liés au Printemps arabe, les femmes se sont mobilisées sur les places publiques aux côtés des hommes, «elles n’ont hélas pas été associées ensuite à la réflexion sur l’élaboration des textes relatifs à leurs droits», s’insurge-t-elle.

Et de poursuivre. «Dans tous les pays musulmans, les constitutions sont de plus en plus bafouées et remplacées par la charia. Cette radicalisation est un terrain totalement régressif et miné», se désole-t-elle, tout en rappelant que «l’islam fut très tolérant et a produit de magnifiques choses!» Un retour en arrière, n’est, espère-t-elle, pas forcément un vœu pieux.

Infos pratiques

«Shéhérazade, procès d’une infidèle», Théâtre du Concert, Hôtel-de-Ville 4, Neuchâtel, jeudi 17, vendredi 18 et samedi 19 septembre à 20h, ainsi que dimanche 20 septembre à 17h. Composition musicale Louis Crelier, mise en scène Valérie Letellier. Durée 60 minutes, chants en français.