Scandale autour des listes électorales du référendum en Roumanie

La Roumanie a connu un nouveau scandale vendredi avec la mise en cause par la justice d'un ex-ministre impliqué dans l'organisation du référendum sur la destitution du président Traian Basescu et des révélations sur des tentatives présumées de manipulation des listes électorales.

10 août 2012, 20:52
Un scandale incluant un ex-ministre a éclaté ces derniers jours en Roumanie, dans l'affaire Basescu.

Le pays est plongé dans la plus grave crise politique depuis la fin de la dictature communiste en raison de la procédure de destitution du président de centre droit lancée début juillet par la coalition de centre gauche, l'Union sociale-libérale (USL).

Les méthodes employées par l'USL, composée des libéraux du président intérimaire Crin Antonescu et des sociaux-démocrates du Premier ministre Victor Ponta, avaient été critiquées par l'Union européenne et les Etats-Unis.

Un référendum organisé le 29 juillet devait mettre un terme à la crise mais la Cour constitutionnelle a reporté au 31 août sa décision sur la validité du scrutin, citant «des informations contradictoires des institutions de l'Etat sur les listes électorales» utilisées.

Après avoir certifié à plusieurs reprises, avant et après le vote, la validité et le caractère actualisé des listes, le ministère de l'Intérieur et de l'Administration avait soudainement transmis une note à la Cour indiquant ne pas pouvoir garantir leur exactitude.

Poursuite contre un ex-ministre

Vendredi, le parquet général a demandé au parlement d'autoriser des poursuites contre l'ex-ministre de l'Administration, Victor-Paul Dobre, membre de l'USL, pour «avoir incité un de ses subordonnés» à rédiger cette note avant de l'envoyer à la Cour, un «abus de pouvoir (...) ayant causé une perturbation de la marche des institutions».

D'autant que la presse a publié des documents présentés comme des transcriptions de conversations interceptées par les procureurs entre M. Dobre et l'ex-ministre de l'Intérieur Ioan Rus qui évoquent des pressions de l'USL sur les deux hommes pour que les listes soient «nettoyées» de 1,6 million d'électeurs afin de faciliter la validation du référendum.

«Moi, je ne signe pas un seul homme en plus ou en moins, je n'ai pas envie de passer mes vieux jours en prison», dit M. Rus, selon ces transcriptions citées par l'agence Mediafax.

Selon les résultats fournis par le Bureau électoral, même si plus de 87% des votants ont dit «oui» à la destitution de M. Basescu, la participation électorale (46,24%) n'a pas atteint les 50% requis pour que le scrutin soit validé. L'USL a contesté après le vote la validité des listes électorales.

M. Rus avait démissionné lundi en déclarant ne pas vouloir que «son ministère prenne part à des illégalités». Il avait ultérieurement précisé ne pas pouvoir faire ce qu'attendait de lui le président intérimaire, «raccourcir les listes» après le vote, ni les allonger comme l'aurait aimé le président Basescu suspendu de ses fonctions.

«Les procureurs doivent faire toute la lumière sur d'éventuelles tentatives de modifier les listes illégalement, qui constituent un acte criminel très grave mettant en danger l'Etat de droit en Roumanie», a déclaré à l'AFP Laura Stefan, juriste pour le centre de réflexion Expert Forum.