Eclairage: "Iran: l’Etat voyou n’est peut-être pas celui qu’on croit"

Nos journalistes mettent en perspective des sujets d'actualité régionale, nationale ou internationale avec des analyses ou des éclairages. Aujourd'hui, Daniel Droz évoque l'Iran et la dénonciation par Donald Trump de l'accord nucléaire.

14 mai 2018, 16:00
Manifestation anti-américaine à Téhéran.

L’Iran est-il un Etat voyou? A en croire Donald Trump et ses acolytes, la réponse ne fait aucun doute. C’est pourtant faire fi – par ignorance ou par intérêt personnel – de quelques réalités historiques et politiques.

Aujourd’hui, plus que jamais peut-être, il ne faut pas réduire l’Iran à travers le prisme du chiisme ou de son soutien au Hezbollah libanais. Pas plus qu’il n’agit de surestimer son prétendu désir d’expansion.

Celui-ci se heurte d’ailleurs aux forces intérieures nationalistes. Ces dernières privilégient la résistance aux agressions extérieures. Depuis la révolution de 1979, force est de constater que l’Iran a été plus souvent agressé qu’agresseur. Que ce soit par l’Irak directement à partir de 1980 ou par une systématique mise au ban des nations.

Dans «Le Monde diplomatique» du mois de février, Bernard Hourcade, spécialiste de la région et directeur au Centre national de la recherche scientifique français, éclaire d’un jour différent les enjeux qui se nouent dans cette république moyen-orientale.

Il n’est pas question d’enjoliver les choses. Le régime des mollahs est despotique. Et, à court ou moyen terme, il est difficile d’imaginer qu’il implose. Néanmoins, une classe moyenne cultivée a émergé depuis quatre décennies. Elle n’est pas issue de la bourgeoisie des grandes villes, mais elle descend des vétérans des guerres successives, récompensés par le régime.

Agée de 25 à 40 ans, cette nouvelle classe moyenne représente la partie la plus importante de la population – l’Iran compte environ 80 millions d’habitants. Elle aspire à davantage d’ouverture, sans remettre en cause fondamentalement le régime, et à davantage de justice sociale et économique.

En déchirant l’accord sur le nucléaire, en s’asseyant sur les lois internationales, le président américain Donald Trump et ses acolytes empêchent l’ébauche d’un régime davantage démocratique. Ils livrent ainsi le pays aux conservateurs, d’ailleurs davantage nationalistes que religieux. Ils privilégient l’Arabie saoudite voisine, ennemi avéré de Téhéran, terreau d’Al-Qaïda et de Daech, dont le régime n’est guère plus recommandable.
L’Iran, un Etat voyou? Dans le dossier nucléaire, il s’est plié, certes pas de bonne volonté, aux injonctions des grandes puissances. Alors, qui est, aujourd’hui, le véritable gangster?