Ali Bongo élu président dans la confusion

Ali Bongo, fils de l'ancien président gabonais Omar Bongo, a été élu à la tête du pays avec près de 42% des voix. Un résultat contesté par l'opposition. Le sort d'un candidat restait incertain tandis que des incidents éclataient.
04 sept. 2009, 11:40

Ali Bongo, fils du défunt président, a été élu avec 41,73% des voix président du Gabon, selon une annonce officielle contestée par l'opposition. Le sort d'un candidat restait incertain après des incidents à Libreville et Port-Gentil où le consulat de France a été incendié.

Ali Bongo (50 ans) a remporté l'élection, à un tour, du dimanche 30 août devant André Mba Obame (25,88%), ex-ministre de l'Intérieur, et Pierre Mamboundou (25,22%), candidat indépendant.

Ali Bongo succède à Omar Bongo Ondimba, son père décédé début juin après 41 ans de pouvoir. Il a promis d'être «le président de tous les Gabonais», peu après l'annonce de son élection, que deux autres candidats affirmaient avoir remportée depuis plusieurs jours.

Depuis son quartier général de campagne à Libreville, il s'est également engagé à respecter ses promesses, disant vouloir «dans la continuité, apporter des changements nécessaires» à ce pays d'environ 1,5 million d'habitants, riche en pétrole mais aux richesses inégalement réparties. Il a promis notamment de favoriser «un développement accru et progressif de notre pays, d'assainir les finances publiques, d'instaurer un climat de justice».

Mais un conseiller d'André Mba Obame a affirmé qu'il ne reconnaissait pas le résultat, précisant que le candidat était «en sécurité dans un lieu tenu secret». Pierre Mamboundou est aussi «en lieu sûr» mais blessé, selon son entourage.

Pendant qu'étaient officiellement égrenés les résultats de chaque province, des partisans de Pierre Mamboundou ont attaqué la prison de Port-Gentil, deuxième ville du pays, où un couvre-feu à été instauré hier soir à 20h. Ils ont libéré les prisonniers avant de se diriger vers le centre-ville où des barricades ont été dressées, selon un journaliste, qui y a vu un bâtiment en feu. Peu après la proclamation, le consulat général de France à Port-Gentil a été incendié par des opposants.

Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a indiqué que des installations industrielles des groupes Total et Schlumberger avaient aussi été visées à Port-Gentil. Le secrétaire d'Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a lui parlé d'«a priori deux blessées, une Gabonaise et une Anglaise». Il a «appelé au calme».

Selon Schlumberger, une employée, de nationalité polonaise, a été «sérieusement blessée». D'après Total, trois stations-service ont été endommagées ou pillées.

Bernard Kouchner a de son côté indiqué que les autorités françaises étaient en contact avec les trois principaux candidats. Paris avait officiellement souligné ne pas avoir de candidat à la succession d'Omar Bongo. Il a aussi admis que Pierre Mamboundou avait «peut-être» été blessé jeudi.

Un candidat malheureux, Bruno Ben Moubamba, a accusé la France de «jouer un jeu trouble» et a estimé que les violences, notamment anti-françaises, allaient «s'accentuer».

A Libreville, des incidents ont eu lieu dans au moins deux quartiers populaires. A Plein-Ciel (nord), des carcasses de voitures étaient visibles sur la voie expresse, qui ceinture la capitale.

Des jeunes tenaient des discours hostiles à Ali Bongo et à la France, qu'ils ont accusée d'avoir «imposé» aux Gabonais le fils du président Omar Bongo. /ats-afp-reuters

De retour de Libreville, Didier Berberat craint le pire

Le politicien neuchâtelois Didier Berberat vient de rentrer du Gabon où il a été chargé d'observer le processus électoral dans le cadre d'une mission de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Hier, la commission électorale a proclamé vainqueur Ali Bongo (fils d'Omar Bongo) provoquant de graves heurts. Le socialiste helvétique craint le pire…

Comment s'est déroulée votre mission?

J'ai passé une semaine au Gabon, principalement à Libreville. La mission de l'OIF a commencé bien avant le scrutin. Nous avons rencontré tous les protagonistes, soit les actuels dirigeants du pays mais aussi les candidats. Le but de nos discussions était notamment de nous assurer que quel que soit le résultat, il serait accepté par tous et que le scrutin se déroulerait dans la plus grande transparence possible.

On parle de fraudes électorales. Qu'en est-il?

Le scrutin en tant que tel s'est bien déroulé. Aux côtés des observateurs, des représentants de chaque candidat étaient également présents dans les bureaux de vote. Tout le monde a pu assister au dépouillement qui s'est effectué sur place, parfois à la lumière d'une lampe à pétrole. Les enveloppes ont été ouvertes, les bulletins comptabilisés. A la fin, les procès-verbaux ont été signés par tous les membres du bureau et toujours en présence des différents représentants et observateurs. Malheureusement notre tâche s'est arrêtée là puisque nous n'étions pas autorisés à suivre les délibérations de la commission électorale, les Gabonais estimant qu'il s'agissait d'une question intérieure.

Vous avez quitté le Gabon mercredi. Quel était le climat à Libreville à quelques heures de l'annonce des résultats?

J'ai quitté une ville morte. Les gens avaient peur et faisaient des provisions. Ma plus grande crainte est que ça explose si on proclame élu quelqu'un qui ne l'est pas car on en aurait la preuve en reprenant les procès-verbaux… La Cour constitutionnelle serait alors saisie pour trancher le contentieux. Mais la situation est tout aussi dangereuse si le résultat est conforme au scrutin et que les perdants ne l'acceptent pas. Le pays risque de se retrouver dans une impasse et le pire serait que l'armée sorte des casernes.

BERNE / MAGALIE GOUMAZ