Regarder les JO en Irak malgré les coupures

En Irak, suivre les Jeux olympiques de Londres n'est souvent pas une sinécure.

10 août 2012, 13:48
Contrairement à la situation en Suisse, l'approvisionnement en électricité est loin d'être garanti pour les Irakiens friands d'exploits sportifs.

Le réseau national irakien ne fournissant que  quelques heures d'électricité par jour, sans compter les longues  interruptions, les Irakiens dépourvus de générateur à la maison doivent trouver des astuces pour profiter du grand rendez-vous sportif. 


«Quand nous suivons les Jeux olympiques à la maison, l'électricité est en panne toutes les cinq minutes», s'agace Saad  Ghayib el-Lami, venu par conséquent regarder un match de football dans un café de Bagdad. «L'électricité en Irak est devenue comme une maladie chronique, et tout le monde en souffre», ajoute ce  chauffeur de camion de 37 ans, en fumant un narguilé dont émane une odeur de tabac aux fruits. 


L'un des patrons du café, Ahmed Khadim Hatem, se félicite par contre de la situation. Son chiffre d'affaires a augmenté de 50 à  80% depuis le début des Jeux, en raison essentiellement, selon lui, de «l'électricité en continu» qu'offre son commerce, baptisé les «Nuits d'Istanbul».

 
«La plupart des gens viennent voir les JO. Il y a un jardin et les clients se sentent à l'aise quand ils sont ici», note-t-il, en  précisant que le nombre de télévisions dans le café est passé de sept à 25 en prévision des Jeux. 
Cette nuit-là, pourtant, la plupart des postes retransmettent un match de football qui n'a rien à voir avec les JO. Et le café a souffert lui aussi de pannes de courant, se retrouvant plongé dans le noir pour quelques minutes à chaque fois. 


Les JO au boulot 
 

L'Irak a envoyé huit athlètes à Londres: cinq hommes et trois femmes, deux en athlétisme, un nageur, deux tireuses à l'arc, un  boxeur, un lutteur et un haltérophile. Ces derniers ont néanmoins peu de chance de remporter des médailles, le pays ayant obtenu la seule breloque de son histoire aux Jeux de Rome en 1960, lorsque Abdoul Wahid Aziz avait remporté le bronze au lancer de poids. 


Cette situation n'empêche pas Muheeb Khodr, 27 ans, de profiter des JO grâce à son... travail. La télévision est placée dans un coin de la boutique d'articles de sport où il est employé dans le centre de Bagdad. «Quand je travaille, je peux regarder les Jeux.  Quand je suis chez moi, l'électricité saute et il faut attendre cinq minutes pour récupérer l'électricité avec le générateur. Parfois, on rate 20 à 30 minutes des Jeux à cause des coupures», se lamente-t-il. Autre problème: le couvre-feu de trois heures imposé  de 1h à 4h, qui empêche de rester dehors tard pour suivre l'événement. 
 

Les officiels américains et irakiens promettent depuis neuf ans une amélioration rapide de l'approvisionnement en électricité, sans beaucoup de résultat. Le Ministère de l'Electricité irakien vise une production totale de 12'330 watts en avril 2013, ce qui restera toutefois inférieur à la demande nationale totale estimée pour cette échéance. 
 

Le vice-Premier ministre délégué à l'énergie, Hussein  Charistani, a, de son côté, affirmé que le pays espérait résoudre son problème de pénurie d'énergie d'ici la fin de l'année prochaine.