Son et lumière sur le Central en hommage à l'anarchisme

Samedi soir, la place du Marché de Saint-Imier était noire de monde pour assister à la projection en musique de Gerry Hofstetter et Pierre Eggimann, dans le cadre de «Printemps 08». Un hommage fabuleux à un passé anarchiste que les Imériens tentent de se réapproprier. Il y avait quelque chose de magique, de fascinant, de poétique mais surtout d'historique samedi soir à Saint-Imier. Sur la façade décrépite de l'hôtel Central, bâtiment totalement à l'abandon, ont défilé les portraits des visionnaires de 1872, en alternance avec les dessins des enfants de l'école primaire et des motifs hauts en couleur ou en symboles. En face, une foule compacte massée sur la place du Marché a suivi avec beaucoup d'intérêt ce «son et lumière» à signification historique.

31 mars 2008, 12:00

Les organisateurs de «Printemps 08» ne s'en cachaient pas: le souci qu'ils ont de voir le vénérable hôtel Central échapper à la démolition n'est pas étranger à la grande fête qu'ils ont organisée.

S'ils sont encore bien loin d'avoir obtenu gain de cause, ils peuvent au moins se prévaloir d'avoir sorti les Imériens de leur froide réserve, voir de leur ignorance quant aux événements historiques qui se sont produits dans cet ancien hôtel en ruine, du temps où son nom était encore hôtel de la Maison de Ville.

Le 15 septembre 1872 donc, un congrès a réuni à Saint-Imier des délégués italiens, espagnols, français (titulaires aussi de mandats américains) et jurassiens, de retour de La Haye. Ils y ont fondé l'Internationale antiautoritaire, dissidence de l'Internationale socialiste de Karl Marx, en affirmant que «vouloir imposer au prolétariat une ligne de conduite ou un programme politique uniforme, comme la voie unique qui puisse le conduire à son émancipation sociale, est une prétention aussi absurde que réactionnaire». Il s'est ensuivi cette déclaration visionnaire: «Le prolétariat, s'il voulait s'emparer du pouvoir, deviendrait lui-même une classe dominante et exploitante.»

Il n'y a encore qu'une dizaine d'années, le temps semblait avoir définitivement passé sur les mémoires. L'attroupement de samedi démontre que les Imériens sont désormais prêts à rouvrir les pages de ce vieux secret de famille: l'anarchisme, comme organisation internationale, est né à Saint-Imier!

L'association lumineuse de Gerry Hofstetter et du pianiste Pierre Eggimann restera sans doute pour longtemps le symbole de ce retour aux sources. Caché de façon totalement délibérée dans la cave du vieux bâtiment, Pierre Eggimann, n'était pas le moins en vue. Sa musique a été un élément incontournable de cette séance de projection particulière. En cheminant sur un indéfinissable fil rouge, ses notes se sont habilement égarées sur les chemins de traverse, évoquant de célèbres mélodies plus ou moins révolutionnaires. Sa virtuosité n'a pas échappé au public, qui a tenu à le féliciter avec chaleur dès sa réapparition à l'air libre. /BDR