Cendrillon ne se laisse pas faire

03 août 2015, 08:50
/ Màj. le 20 oct. 2015 à 10:39

Jusqu'ici, Carine Baillod n'avait rencontré le jeune public que par l'entremise des représentations scolaires. Interprète de Chimène dans «Le Cid» de Corneille, elle avait alors découvert que les enfants sont «un bon baromètre de la qualité d'un spectacle, car ils ne se laissent pas duper.»

Aujourd'hui, la comédienne se dit impatiente de voir comment sera reçue «La fille aux oiseaux», un spectacle tous publics dès ce soir à l'affiche au théâtre du Concert à Neuchâtel. Pour beaucoup, Cendrillon n'est pas une inconnue. Dans cette libre adaptation du conte des frères Grimm, Carine Baillod en assume toute l'évolution, elle est l'enfant marquée par la mort de sa mère, l'adolescente en conflit avec son père et sa belle-mère, la jeune femme qui s'affranchit de sa servitude. «C'est une Cendrillon, active, entreprenante.» Moderne? «Elle grandit dans une famille recomposée, l'accent est mis sur cette situation très parlante aujourd'hui. Comme l'est, aussi, le deuil que l'on doit faire de l'enfance, ici symbolisé par la disparition de la mère. On aurait pu, j'imagine, en faire une fille des banlieues, car le texte est suffisamment contemporain dans sa forme pour l'autoriser».

Le texte de Bruno Castan, justement, avec ses passages en vers et d'autres en proses, cette écriture vive et rythmée telle une partition, ne l'ont pas laissée insensible. Au contraire. «Il m'a tout de suite plu. Il est par moment poétique, mais cette poésie n'est jamais ampoulée. Castan sait, aussi, casser l'émotion avec de l'humour, et les oiseaux en apportent beaucoup. Il offre au jeune public une réelle écriture, consistante, alors que maints spectacles croient le toucher en appauvrissant leur vocabulaire.» Cette maman d'un petit garçon a pu le vérifier, les enfants sont capables de recevoir une histoire dont ils ne comprennent pas tous les mots. Et sans qu'il soit nécessaire de l'emballer dans un foisonnement d'images et une orgie de couleurs, poudre aux yeux qui parfois dissimule un discours simpliste.

Outre un texte de qualité, l'équipe de «La fille aux oiseaux» – Sylvie Girardin à la mise en scène, Blaise Froidevaux à la scénographie, Cédric Pipoz aux lumières – propose une esthétique empreinte de sobriété. «C'est coloré, mais les lignes sont épurées; la tombe, par exemple, est symbolisée par un jeu de lumière», apprécie Carine Baillod. Dans ce spectacle, tient-elle à défendre, rien n'est traité par-dessus la jambe: «C'est un spectacle adulte, où l'on a déployé beaucoup d'énergie et de professionnalisme.»

Neuchâtel: Théâtre du Concert, du 29 avril au 15 mai, les vendredis à 19h, samedis et dimanches à 17h, mercredi 11 mai à 15h. Tous publics dès 6 ans.