Une commission du National refuse l'accueil d'ex-détenus ouïgours

La Suisse ne devrait plus admettre d'ex-détenus de Guantanamo, estime la commission de politique de sécurité du National. Par 15 voix contre 10, elle en a fait ce matin la recommandation au Conseil fédéral. Dans sa ligne de mire figurent les deux Ouïgours qui pourraient être accueillis dans le Jura.
12 janv. 2010, 11:28

La décision relève au final de la compétence du Conseil fédéral,  mais la commission ne veut pas porter la responsabilité, a expliqué  devant la presse son président Jakob Büchler (PDC/SG). Pour la majorité, les considérations de sécurité et les relations avec la Chine prévalent sur l'action humanitaire.

Dans une lettre envoyée avant Noël à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, l'ambassade de Chine à Berne avait demandé à la Suisse de ne pas accueillir deux frères Ouïgours actuellement détenus à Guantanamo et considérés par Pekin comme des terroristes présumés. Les relations sino-suisses pourraient être mises à mal, avait-elle menacé.

Ce dernier aspect n'est intervenu qu'en quatrième position dans  les considérations de la commission, a assuré Yvan Perrin (UDC/NE), tout en reconnaissant que la majorité a «manifestement préféré se fâcher avec les Etats-Unis plutôt qu'avec la Chine».

Ouzbek pas remis en question
La commission considère que c'est aux Etats-Unis de résoudre le problème de Guantanamo. En décidant d'admettre déjà un prisonnier  ouzbek à Genève, la Suisse en a déjà fait assez, selon Yvan Perrin.

Les récentes tentatives d'attentats ont en outre montré que le  risque de terrorisme n'a pas disparu, a relevé le Neuchâtelois, tout en reconnaissant que les deux Ouïgours n'y sont pas liés.

«Campagne de dénigrement»
La position de la commission sera prise en compte par le Conseil  fédéral, a assuré Eveline Widmer-Schlumpf à la commission, selon  Jakob Büchler. Mais la ministre de justice et police, qui doit prochainement rencontrer le gouvernement jurassien, devra également tenir compte d'avis favorables à l'accueil des deux Ouïgours.

Le groupe parlementaire pour les droits humains, dont fait  notamment partie le conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI), lui  demande dans une lettre ouverte de ne pas céder à la pression. «Une  campagne de dénigrement vis-à-vis de ces deux personnes a été lancée  par les autorités chinoises qui ont affirmé que ces deux personnes étaient de dangereux terroristes», écrit ce groupe parlementaire.

Et de rappeler que contrairement aux déclarations chinoises, ces  deux frères ne figurent sur aucune liste internationale et n'ont  jamais eu de liens avec un quelconque mouvement terroriste. «La Suisse peut et doit donc les accueillir à titre humanitaire pour  leur offrir une possibilité de reconstruire une vie dans la dignité  et la sécurité.»

Risques de persécutions
Un avis partagé par Amnesty International, qui rappelle que les  deux Ouïgours risquent d'être persécutés s'ils retournent en Chine.  Vingt-deux personnes de l'ethnie ouïgoure, une minorité turcophone  et musulmane du nord-ouest de la Chine, ont été capturés en  Afghanistan et détenus à Guantanamo.

Ils ont tous été innocentés et peuvent être libérés. Cinq ont été accueillis par l'Albanie en 2006, quatre par les Bermudes en juin et  six par l'archipel de Palau, dans l'océan Pacifique, en octobre. /ats

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