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Un «spectacle culturel» qui laisse comme un arrière-goût de toc

Des organisateurs de concerts ont reconstruit à Zurich, grandeur nature, les chambres mortuaires de Toutankhamon pour donner aux visiteurs la sensation de la découverte faite par Howard Carter en 1922. Le résultat laisse perplexe. Recréer à l'échelle 1:1 les trésors funéraires du jeune pharaon Toutankhamon, tenus éloignés du regard des vivants pendant plus de 3000 ans et découverts en novembre 1922 par l'archéologue anglais Howard Carter; les copier et les placer pour montrer aux contemporains dans quel état les chambres funéraires étaient au moment de la fabuleuse découverte; permettre à ces mêmes contemporains de s'émerveiller comme ont dû l'être Carter et ses compagnons: pourquoi pas, se dit-on, voilà un voyage scénographique et muséographique qui peut valoir le détour.

08 mars 2008, 12:00

Sauf qu'à Zurich, dans l'ancienne laiterie désaffectée Toni, devenue un temps un haut lieu des soirées branchées de la Limmat, la reconstruction «Toutankhamon, son tombeau et ses trésors» ne parviennent pas à susciter l'émerveillement.

Lorsqu'il est censé retrouver les sensations de l'archéologue anglais - selon ce qu'annoncent les responsables de l'exposition, des spécialistes allemands et suisses de l'organisation de concerts et de grands événements populaires, le visiteur se retrouve devant deux sortes de cubes ouverts aménagés en Chambre mortuaire et en Chambre du trésor. Les objets découverts par Carter y sont arrangés comme sur les photos en noir-blanc de Harry Burton.

Mais il n'y a évidemment ni poussière ni odeur. Certains objets ont l'air très «toc» - mais les responsables de l'exposition assurent que les quelque mille copies ont été réalisées comme à l'ancienne par des artisans supervisés par des scientifiques. Deux fausses lanternes en revanche sont posées à même le sol.

Quelques objets exposés individuellement rappellent néanmoins un peu plus loin la splendeur de l'art égyptien. L'alignement des sarcophages, qui s'emboîtaient les uns dans les autres, impressionne par leur format. Le fameux masque du jeune pharaon mort à 19 ans (ou 20, selon les sources), c'est-à-dire sa copie, est lui exposé seul dans une petite salle circulaire aux rideaux ondulés qui évoquent davantage un local de vote? L'original n'a plus quitté l'Egypte depuis 1980.

Les responsables de l'exposition ont justifié leurs choix hier devant les médias. «Les Européens ne sont pas encore habitués à l'idée du spectacle culturel, et pourtant ce genre, s'il s'appuie sur de solides connaissances scientifiques, permet de transmettre des connaissances et de susciter la curiosité», ont-ils déclaré en plusieurs variations.

«Vous ne pourrez jamais donner à voir un tel fait historique avec des originaux, puisque ceux-ci ne sont pas tous visibles, pas tous au même endroit, et pas tous transportables», a aussi souligné l'égyptologue Martin von Falck, conseiller scientifique de l'exposition.

Un autre égyptologue justifie de son côté le choix des copies: «Jamais une copie d'un tableau de Raphaël ou du Titien ne pourra exercer sur l'observateur le même effet que l'original», écrit Wilfried Seipel dans le catalogue, mais, dans d'autres cas, l'effet dépend davantage du contexte dans lequel l'objet individuel s'inscrivait. L'auteur cite ainsi l'armée chinoise de terre cuite, présentée en Europe grâce à des copies conjointement à de très rares pièces originales. La copie permet ainsi de «retrouver la cohésion» de l'ensemble.

L'exposition n'a donc rien à voir avec les trésors exposés il y a quatre ans à l'Antikenmuseum de Bâle. Mais si l'on fait abstraction de l'écrin certes pratique (4500 mètres carrés) mais peu muséographique qu'offre l'ancienne fabrique de produits laitiers, la magie, peut-être, opérera? / AGI-La Liberté

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