Tom Lüthi courra-t-il un jour dans son pays?

Des parlementaires motards relancent le débat sur la levée de l'interdiction des courses motorisées en Suisse. Le point de la situation.

07 oct. 2010, 10:32

Thomas Lüthi roulant devant son public à l'occasion du Grand Prix de Suisse motocycliste: l'image relève de la fiction. Les courses de sports motorisés sur circuit sont en effet interdites en Suisse depuis 1955, à la suite d'un accident ayant fait 82 morts au Mans (France). La Fédération motocycliste suisse (FMS) veut aujourd'hui lever cette interdiction. A Berne, quatre parlementaires motards et bourgeois, dont les PDC Dominique de Buman (FR) et Jean-René Fournier (VS), viennent de déposer des interventions dans ce sens. En parallèle, la FMS a lancé une pétition qui, hier, avait récolté plus de 10 000 signatures, selon son secrétariat.

Autoriser à nouveau les courses sur circuit en Suisse, le Parlement a enterré l'idée il y a tout juste une année. Pourquoi dès lors remettre des gaz si tôt? Président de la FMS, le conseiller national Walter Wobmann (UDC/SO) rappelle que son collègue de parti Ulrich Giezendanner avait rallié à deux reprises le Conseil national à son projet de Grand Prix de Suisse de Formule 1, avant que le Conseil des Etats ne fasse passer les feux au rouge. Convaincu qu'en l'occurrence, ce sont les bolides de F1 qui ont fait peur, le lobby motard se concentre sur la levée de l'interdiction des courses sur circuit. Mais Walter Wobmann n'en fait pas mystère: son rêve, c'est d'aller soutenir Tom Lüthi en Suisse, et pas au Grand Prix de Saint-Marin, comme il l'a fait il y a un mois.

«L'interdiction des courses pour circuit a pour effet que des milliers de sportifs motorisés doivent accomplir des milliers de kilomètres par année pour aller s'entraîner ou concourir à l'étranger», enchérit Dominique de Buman, qui dénonce en l'espèce un non-sens écologique. L'argument fait tousser l'écologiste vaudoise Adèle Thorens comme un nuage de gaz d'échappement. «On ne va pas déplacer en Suisse toutes les activités humaines pour éviter que les gens se déplacent! Loin de moi l'idée de rendre les sports motorisés responsables du réchauffement climatique. Mais ce type de mobilité ne me paraît pas indispensable.»

Pour «vendre» l'idée d'un circuit en Suisse, les élus motards avancent encore des arguments de formation et de sécurité routière. «Les amateurs de vitesse, en particulier les jeunes, prennent la route pour un circuit. Autant les canaliser», soutient Dominique de Buman.

«C'est une théorie démodée», réplique Mario Cavegn, collaborateur scientifique au Bureau de prévention des accidents. «Les conducteurs roulant sur circuit maîtrisent certes mieux leur véhicule, mais ils ont tendance par ce fait à se surestimer et à prendre davantage de risques sur la route.»

Alors, à quand un Grand Prix de Suisse moto? Le débat au Parlement risque de prendre plusieurs années. Puis, si l'interdiction est levée, il faudra trouver des privés pour construire un circuit - des projets existent, à Moudon, à Tourtemagne (VS) et dans le Jura. Bien qu'amateur de vitesse, Walter Wobmann se sait, là, parti pour une course d'endurance. Tom Lüthi n'est donc pas près de courir à la maison. /SGU