«Sur ce ticket, un des deux noms n'a rien à y faire»

Président du Parti socialiste suisse, le Fribourgeois Christian Levrat analyse la situation à quelques jours de l'élection.
04 sept. 2009, 11:31

La position du Parti socialiste sera déterminante dans l'élection du successeur de Pascal Couchepin. La gauche penchera-t-elle vers le PDC ou vers le PLR. Etat des lieux avec le président Christian Levrat.

Que vous inspire le double ticket radical composé de Didier Burkhalter et de Christian Lüscher?

A titre préventif, j'avais dit dès la démission de Pascal Couchepin que je ne commenterais pas le tour de piste des étalons des différentes écuries politiques. Maintenant, je dirais que sur ce ticket, un des deux noms n'a rien à y faire. C'est un calmant pour l'UDC et une provocation pour nous. M. Lüscher n'a ni la stature ni les compétences.

On attribue au Parti socialiste le rôle de faiseur de roi. Alors?

C'est une très grosse responsabilité, raison pour laquelle je me tiens encore en retrait. Nous sommes dans une phase où nous forgeons nos opinions, avec différents niveaux d'analyse. Il y a le contenu. Nous sommes plus proches du PDC sur les questions sociales et économiques et plus proches du PLR sur les thèmes de société. Ensuite, il y a la question des personnalités. Urs Schwaller est capable de représenter le pays dans des situations difficiles. Il a une vraie stature d'homme d'Etat. Didier Burkhalter s'est intéressé à des sujets peu contestés, comme l'alerte enlèvement, ou très spécifiques, comme l'armée. La représentativité latine ne peut être écartée de nos réflexions. Pour ma part, Urs Schwaller est parfaitement à même de représenter la Suisse occidentale, et ceci bien mieux qu'une personne pour qui la barrière linguistique est difficilement surmontable. Enfin, il y aura les auditions du 15 septembre. Nous connaissons les parlementaires, pas les candidats au Conseil fédéral. Entre les deux, il peut y avoir un fossé. Comment envisagent-ils leur fonction? Quelles seront leurs priorités au Conseil fédéral et au Département fédéral de l'intérieur? On ne sait pas… Mais à la fin, le plus important pour nous et que notre choix soit clair et lisible et que nos électeurs le comprennent.

Le 15, c'est la veille de l'élection…

Nous n'avons pas le choix. Les groupes siègent tous les mardis. Or, le 8 septembre, autant le PLR que le PDC tiennent encore des discussions. D'ailleurs, je me demande si le PLR ne va pas changer de stratégie d'ici le 15 septembre et si Christian Lüscher sera toujours sur le ticket. Car avec les voix de l'UDC, c'est lui qui risque de se retrouver face à Urs Schwaller. Dans ce cas-là, la victoire est quasi assurée pour le PDC.

Au sein de votre parti, certains plaident pour le respect de la concordance. Vous êtes sensible à cet argument?

Sur le principe oui. Mais nous vivons une situation particulière. PRD et PDC sont pratiquement à égalité et cette élection ne décidera ni de l'avenir de la concordance, ni même de l'orientation générale du gouvernement qui restera clairement à droite. En fait, il y a plus de similitudes que de différences entre Schwaller et Burkhalter.

Vous n'écartez sans doute pas le risque de représailles lorsqu'il s'agira de remplacer vos ministres?

Quelle que soit notre position, un de nos partenaires sera mécontent. D'ailleurs, autant le PDC que le PLR nous menacent plus ou moins élégamment de représailles. Mais je reste très détendu sur cette question. Car attaquer un siège PS s'il y a une vacance avant les élections fédérales, c'est toucher à la paix sociale et prendre un gros risque pour les élections de 2011. Je ne pense pas que la droite en ait très envie… /MAG