Sécurité alimentaire: le large "oui" est vu comme un soutien à l'agriculture indigène

Les partis politiques, la majorité des agriculteurs et les organisations environnementalistes saluent dimanche le résultat du vote sur la sécurité alimentaire.
24 sept. 2017, 15:10
Le nouvel article constitutionnel qui a été accepté dimanche par le peuple prend en compte toute la chaîne de production des denrées alimentaires, du champ à l'assiette.

Le peuple suisse soutient fortement l'agriculture indigène. C'est ainsi que les partisans de l'article constitutionnel sur la sécurité alimentaire interprètent sa large approbation dimanche en votation. Les partis politiques, la majorité des agriculteurs et les organisations environnementalistes saluent le résultat à l'unisson.

"Le peuple veut préserver une agriculture de proximité forte et garder en partie la main sur le contenu de son assiette", a réagi Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans (USP) au nom d'un comité interpartis, mené par l'USP. Cet article permet de faire face à des défis tels que la démographie, le sol qui disparaît ou le réchauffement climatique, a-t-il ajouté auprès de l'ats.

Pour le conseiller national (PLR/FR), ce nouvel article permet aussi de continuer à renforcer la qualité des produits et doit viser à offrir des conditions décentes aux familles paysannes. Autre élément important à ses yeux: pour les produits importés, la Suisse tiendra désormais davantage compte de la durabilité, donc de facteurs environnementaux et sociaux à l'étranger.

La Suisse pionnière, selon l'USP

Même son de cloche chez le conseiller national Jacques Nicolet (UDC/VD): "C'est un signal fort en faveur de l'agriculture suisse et des produits indigènes". Mais l'agriculteur tempère: "Ce n'est qu'une victoire d'étape, car il faudra ensuite concrétiser cette base dans la législation". "La Suisse est vraisemblablement le premier pays au monde à avoir fait ce pas", souligne l'USP.

Tous les partis représentés au Parlement soutenaient l'article constitutionnel. Un comité regroupant les Verts, le PVL, le PS et le PLR se réjouit, certes, de cette voie vers plus de durabilité, mais il salue aussi l'ouverture au marché. "Le contre-projet permet toujours de conclure des accords de libre-échange avec d’autres pays qui contribuent à un développement durable de l’agriculture".

Malgré ce succès, les Verts maintiennent leur propre initiative. Elle exige un renforcement de l'offre de denrées alimentaires sûres et de bonne qualité, produites dans le respect de l'environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables.

Organisations écologistes satisfaites

Les organisations environnementalistes BirdLife Suisse, Greenpeace, Pro Natura et WWF Suisse expriment aussi leur satisfaction. A leurs yeux, le plébiscite de dimanche constitue un "mandat clair" du peuple "en faveur d’une agriculture plus durable et plus écologique". Mais pour mettre en œuvre la volonté populaire, des adaptations législatives sont indispensables, insistent-elles.

"Il faut notamment diminuer l’emploi des pesticides, promouvoir la biodiversité et protéger les terres cultivables", selon Urs Leugger-Eggimann, secrétaire central de Pro Natura.

L'usam contre de nouvelles subventions

L'Union suisse des arts et métiers (usam) était une des rares organisations à prôner le "non". Si cette décision est à respecter, il ne doit toutefois pas en découler de nouveaux droits à des subventions ni de réglementations supplémentaires. Et la politique agricole ne doit pas entraver les accords internationaux de libre-échange, écrit l'usam.

Dans le camp du "non" figurait aussi l'Alliance pour la souveraineté alimentaire, qui regroupe environ 250 personnes et organisations de mouvements agricoles, ecclésiastiques et sociaux. Elle craint que les "relations commerciales transfrontalières" mentionnées dans l'article ne sacrifient les paysans suisses.

"Nous n'avons pas perdu"

Joint par l'ats, Pierre-André Tombez, président de l'Alliance, était néanmoins positif: "Nous n'avons pas perdu aujourd'hui, car durant la campagne, le ministre de l'agriculture Johann Schneider-Ammann a fait beaucoup de promesses. Nous observerons maintenant attentivement s'il les tient".

Tout comme les Verts, l'Alliance mise sur sa propre initiative pour aller plus loin, a souligné M. Tombez. Ce texte demande notamment une agriculture sans organismes génétiquement modifiés et des mesures pour réduire le pouvoir des grands distributeurs et des grands producteurs dans la fixation des prix, par exemple pour le lait.