Quand cinq cents soldats jouent à la guerre civile

L'armée a présenté jeudi dernier son nouveau scénario de conflit en Suisse. Les 500 militaires n'ont pas lésiné sur les moyens pour neutraliser l'ennemi. Walenstadt (SG) avait un air de Grozny lors de cette démonstration. Reportage. Quatre chars Léopard II font leur apparition au loin. Ils ouvrent le feu sur un pâté de maisons d'exercice. Le vacarme est assourdissant. Des chars transporteurs de troupes surgissent, foncent vers ces maisons et débarquent leurs grenadiers qui les prennent d'assaut. A quelque 150 mètres des spectateurs invités par l'armée sur la place d'exercice du centre de formation des forces terrestres, à Walenstadt. Le but de cette démonstration de force baptisée Demoex? L'élimination d'un groupuscule armé dans le cadre d'un engagement de sûreté sectorielle.

01 avr. 2008, 12:00

La sûreté sectorielle: un concept central de la doctrine d'Armée XXI qui reste confus dans de nombreux esprits. Pour éliminer les malentendus, le nouveau chef de l'armée, Roland Nef, a organisé cet impressionnant exercice, réunissant 500 militaires de l'infanterie, des troupes mécanisées et de la sécurité militaire. Officiers supérieurs, représentants des autorités civiles et politiques, ainsi qu'attachés militaires étrangers, ont pu se faire une idée de la sécurité sectorielle. «Nous voulons vous fournir des images pour éviter que cela reste une lettre morte de nos règlements militaires», explique Roland Nef.

Hypothèse de base du scénario: dans toute l'Europe et en Suisse, les tensions et les incidents violents se multiplient. Dans certains coins du pays, dans le cas présent ce village d'exercice, les autorités civiles ne parviennent plus à maintenir l'ordre. L'armée est appelée à la rescousse. L'image de l'ennemi reste volontairement vague: terroristes suisses, étrangers? L'essentiel est qu'il soit détruit. «Nous devons être en mesure de penser l'impensable», répète le colonel Reber.

Le scénario commence un jour de marché, quelque part en Suisse. L'armée marque sa présence et patrouille. Casque et arme en bandoulière, les soldats tentent d'engager le dialogue avec la population civile. La tranquillité règne, mais tout peut rapidement déraper. Il suffit parfois d'un accident de la circulation. Un cycliste percute le capot d'une voiture. Le ton monte, l'armée fournit les premiers secours et tente de calmer les esprits. La police militaire fait les constats et c'est une ambulance civile qui évacue le blessé.

Une compagnie d'infanterie isole tout ce secteur du reste du village en déroulant des barbelés au pas de course. Quelques minutes plus tard, c'est l'assaut des blindés. Les rebelles sont proprement ficelés à l'aide de serre-câbles et embarqués par la police militaire. Elle les soumet un peu plus loin à une identification judiciaire dans les règles. Un peu plus tard, la police militaire engagera son équipement antiémeute contre la population en colère: boucliers, balles de caoutchouc, lacrymogènes.

Même si c'est une fiction, l'ambiance est lourde. On ne peut s'empêcher de penser à Lhassa ou à Grozny. Confronté à ces sombres pensées, Dominique Andrey, le patron des forces terrestres, se veut rassurant: «Cela ne représente qu'une partie infime des engagements possibles», souligne-t-il. / ERE