Presse: la Banque cantonale de Fribourg et le Groupe E entrent au capital de "La Liberté"

La Banque cantonale de Fribourg et l'électricien Groupe E ont racheté 33 % des actions du quotidien fribourgeois "La Liberté", jusqu'ici propriété exclusive des Soeurs de St-Paul.

24 sept. 2014, 07:53
Les Soeurs de St-Paul cherchent à vendre "La Liberté" depuis plusieurs années. Elles ont choisi deux partenaires fribourgeois.

La Banque cantonale de Fribourg et Groupe E entrent dans le capital des Imprimeries St-Paul et de "La Liberté". Propriétaire unique depuis 140 ans, la congrégation des Soeurs de Saint-Paul vend le tiers de ses parts.

La banque et le groupe énergétique s'engagent à parts égales, via une nouvelle société de participations nommée Sofripa. La vente nécessite encore le feu vert formel de la Congrégation pour les Religieux à Rome, a précisé la holding St-Paul mercredi dans un communiqué.

Dans les pages du quotidien fribourgeois, l'éditeur Thierry Mauron souligne qu'il ne s'agit pas du sauvetage d'un journal en crise. La situation financière de la société est saine.

La décision des soeurs d'ouvrir le capital remonte à trois ans. Elle découle d'un constat de vieillissement et d'absence de relève à Fribourg et en Europe.

Il était de leur responsabilité de transmettre ce patrimoine qui leur avait été confié, expliquent-elles dans une lettre publiée dans "La Liberté". Les soeurs ont pris leur temps pour trouver des actionnaires de la région qui maintiennent l'esprit et l'indépendance du quotidien. Tous deux en ont pris l'engagement envers elles.

Conserver l'indépendance

L'indépendance d'un média passe aussi par une assise financière solide, souligne le rédacteur en chef Louis Ruffieux. Celui-ci est satisfait que cette solution maintienne le centre de décision sur sol fribourgeois.

Le groupe français Hersant avait manifesté son intérêt, mais son offre a été déclinée. Une autre entreprise de presse était sur les rangs. Son nom n'est pas révélé, mais il ne s'agit pas de Tamedia, qui doit imprimer "La Liberté" à Berne dès janvier après la fermeture de la rotative de St-Paul.

De leur côté, les dirigeants des deux acquéreurs affichent leur motivation à préserver la pérennité du journal. Le patron de Groupe E, Dominique Gachoud, assure que l'entreprise n'a aucune intention d'utiliser "La Liberté" comme un instrument de communication.

Il note qu'en tant qu'actionnaire, Groupe E espère tout de même une rémunération "raisonnable" du montant investi. Mais pas 15% comme l'attend par exemple Tamedia de ses titres, puisque Groupe E n'est lui-même "pas habitué à de tels rendements dans ses propres affaires".

Deux entreprises parapubliques

Si "La Liberté" voit entrer dans son capital des poids lourds de l'économie fribourgeoise, il s'agit également d'entreprises parapubliques. Le canton détient 100% de la Banque cantonale et 78,5% de Groupe E.

Mais les deux acquéreurs excluent aussi toute intrusion politique dans la conduite du journal, affirme Martial Pasquier, président du conseil d'administration des Imprimeries St-Paul et de "La Liberté". Et d'ajouter qu'ils n'ont pas agi sur instruction du Conseil d'Etat mais de manière autonome.

Du reste, de nouveaux acteurs devraient entrer en jeu à moyen terme car cette transaction n'est qu'un premier pas. Les nouveaux actionnaires se sont engagés à participer à l'achat d'un deuxième tiers conjointement avec d'autres partenaires: des entreprises, mais aussi la population.

A noter que l'achat ne touche pas le patrimoine immobilier ni les autres participations et activités du groupe St-Paul. Ce dernier a des parts dans "La Gruyère", les "Freiburger Nachrichten", le "Quotidien jurassien", les éditions et librairie du Vieux Comté à Bulle (FR), ou encore une régie publicitaire.

Selon les derniers chiffres REMP, "La Liberté" tire à près de 40'000 exemplaires et compte un peu plus de 100'000 lecteurs.