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Pour endiguer la violence

La Commission fédérale des étrangers veut prévenir l'apparition de la violence chez les jeunes. Elle le fera selon une approche fondée sur les causes du phénomène plutôt que sur ses symptômes En révisant l'ordonnance sur l'intégration des étrangers, Christoph Blocher a inclus un nouveau domaine de projets pouvant être subventionnés: la prévention de la violence et de la délinquance. La Commission fédérale des étrangers (CFE), qui examine et propose les projets d'intégration, n'aura toutefois pas davantage que ses 14 millions annuels.

24 mai 2006, 12:00

Cette ordonnance révisée est en vigueur depuis février. Avant d'entrer dans le vif du sujet, la CFE a demandé une étude au professeur de sociologie criminelle Manuel Eisner. Objectif: déterminer les moyens préventifs les plus efficaces pour réduire la violence. Notamment celle des jeunes étrangers, puisqu'il semblait que c'était bien elle qu'on visait.

«On s'aperçoit que la violence s'inscrit dans un contexte social qui concerne l'ensemble de la société»

Manuel Eisner commence par critiquer cette approche, fondée sur des statistiques policières. D'abord, dit-il, la violence des jeunes n'a progressé depuis 15 ans que parce qu'on dénonce et qu'on enregistre davantage. Ensuite, concernant les étrangers, ces statistiques disparates ne font aucune différence entre un permis C, un touriste ou un requérant d'asile.

Ainsi, selon les statistiques, la moitié des cas de violence sont le fait d'étrangers. Mais ceux des pays voisins n'y sont que pour 8%, contre 20 à 25% s'ils viennent de l'ancienne Yougoslavie ou de Turquie. Or, note Manuel Eisner, ces derniers sont en moyenne moins privilégiés: formation et statut professionnel des parents, conditions de vie, etc.

Parcours individuels

A cette approche sociologique s'ajoute celle liée aux parcours individuels. D'où il ressort que la violence n'est pas une fatalité innée, de même qu'elle n'est pas attachée à des provenances ethniques. Elle est alimentée par une multitude de conditions, qui peuvent s'accumuler. Il faut s'y attaquer tôt, dit Manuel Eisner: tout peut commencer par une grossesse mal vécue.

Il y a ensuite l'environnement familial de la petite enfance, celui de la crèche, de l'école, du quartier. Une propension à l'agressivité et à la violence peut naître à tous ces niveaux. Sans un développement des «compétences sociales», l'agressivité subsistera, d'autant que beaucoup de jeunes immigrés font l'expérience d'être traités comme des citoyens de seconde zone.

La CFE a retenu de nombreux points du rapport Eisner. Notamment que, dans un domaine aussi complexe, on peut se tromper de voie. Il faut donc des critères scientifiques pour s'assurer de l'efficacité des mesures. Autre point important: atteindre les gens les plus exposés au risque de violence, généralement aussi les plus difficiles d'accès.

«Il ne sert à rien de s'attaquer aux seuls symptômes: il faut remonter aux causes, dans une approche multiple, à la fois sociologique, culturelle, psychologique», explique le Chaux-de-Fonnier Francis Matthey, président de la CFE. «On s'aperçoit rapidement que la violence s'inscrit dans un contexte social qui concerne l'ensemble de la société», ajoute-t-il.

La culture de l'estime implique le respect des individus et la reconnaissance des exemples réussis d'intégration

Il s'agit bien, dans la mission de la CFE, de soutenir des projets de prévention de la violence, dans le cadre de l'intégration des étrangers. Cela signifie, pour Francis Matthey, qu'il faut donner aux personnes immigrées des perspectives, dans une sorte de «culture de bienvenue». Montrer aux jeunes étrangers qu'ils ont une place et un avenir en Suisse.

Encourageant et important

Il faut y ajouter une «culture de l'estime». Ce qui implique le respect des individus, bien sûr, mais aussi la reconnaissance publique des performances et des exemples réussis d'intégration des migrants, souligne Francis Matthey: «C'est à la fois encourageant pour les migrants et important pour l'attitude des Suisses à leur égard». / FNU

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