Point de vue de Rémy Cosandey: «Le 2e pilier va beaucoup plus mal que l’AVS»

«Une des solutions à long terme serait de fusionner les deux piliers», estime, à propos de la prévoyance vieillesse, Rémy Cosandey, ancien conseiller communal au Locle. Comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.
09 sept. 2019, 12:00
A fin juin 2019, le fonds de compensation AVS s'élevait à 37 milliards de francs.

Les partis de droite et les milieux patronaux font preuve d’une persistance inépuisable pour affirmer que l’AVS va mal et qu’il faut trouver de toute urgence des solutions pour éviter une catastrophe. Et, bien entendu, ils proposent une augmentation de l’âge de la retraite en prétendant que c’est la seule solution pour ne pas être obligé de réduire les rentes.

C’est vrai que l’AVS, dont les cotisations n’ont pas été augmentées depuis plus de 40 ans, commence à présenter des signes d’épuisement. Mais on pourrait y remédier en prélevant des cotisations sur tous les revenus (notamment sur les prestations en nature, les bonus et les gains financiers) et en augmentant la masse salariale (par exemple en assurant l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes).

Quand on sait que les placements rapportent un intérêt misérable.

Si l’AVS ne va actuellement pas très bien, elle se porte cependant beaucoup mieux que le 2e pilier, ce que la droite et les employeurs se gardent bien de dire. La grande majorité des rentes de l’AVS sont versées avec l’argent récolté auprès des employés et des entreprises, si bien que le fonds de compensation de l’AVS n’est que de 37 milliards de francs. Celui des caisses de pensions se monte à plus de 900 milliards de francs. Quand on sait que les placements rapportent un intérêt misérable (il y a même des intérêts négatifs!), on ne s’étonne pas que le taux de conversion baisse régulièrement… ce qui entraîne évidemment la diminution des rentes.

Une des solutions à long terme serait de fusionner les deux piliers, en veillant au maintien des acquis. On ne pourrait ainsi plus jouer avec l’argent des futurs retraités. On se heurtera bien sûr à tous ceux (assurances, banques, fonds d’investissement) qui retirent des bénéfices confortables de la situation actuelle. Mais le problème mérite d’être étudié car les intérêts des futurs retraités doivent passer avant l’avidité de quelques requins de la finance.