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Paul Nizon, infatigable arpenteur de pavés du langage

03 mars 2008, 12:00

«Si le passeport parisien, existait j'en demanderais un.» Vendredi soir, au Soleil de Saignelégier s'arrêtait Paul Nizon, né à Berne en 1929. Grande figure du nomadisme littéraire. Auteur d'une vingtaine de romans, essais, journaux, qui forment la toile d'une aventure où l'indolence agit comme paravent de l'amertume de soi. Rien d'aimable en lui. Il porte tout de même une attention discrète à chaque présence: «Le travail m'isole. Dès que je me lance à l'extérieur, je me frotte à cet étang de masse, d'humains», lâche-t-il. Du Jura, il dira «une des rares régions intactes de Suisse, mon ami le sculpteur Oscar Wiggli vit pas loin d'ici.»

Mais invité par des lecteurs, l'écrivain venait surtout partager un large extrait de «La fourrure de la truite», dernier roman paru, dans la traduction française de Diane Meur, chez Actes Sud. Il s'excuse de ne pas maîtriser l'art de la déclamation. Très vite pourtant, se dévoile pudiquement l'intimité avec l'écriture «un gargouillis qui monte comme lorsqu'on met en marche l'engrenage d'une machine», définition onomatopéique de «L'?il du coursier».

Vendredi, on sent sa jouissance de la langue, les interjections coquines qui masquent la gravité. Il module sa voix sans excès: «J'étais aussi un excellent marcheur, oh oui, que oui, ho ho, chantonnais-je en marchant pour revenir chez moi. En mon for intérieur je dis toujours «marcher», jamais «aller», ni «me promener», ni me «balader»: marcher, j'étais un marcheur, j'avais même été démarcheur, démarcheur de dépêches, je veux dire à l'armée quand j'étais estafette.» Une manière ludique et élégante de rendre hommage à Robert Walser, dont le fantôme plane: «Même avant de sombrer, il aurait donc écrit du fond d'un ténébreux au-delà», note-t-il dans «Le livret de l'amour».

Quand on lui demande pourquoi trente années à user le pavé parisien n'ont pas abouti à l'usage de la langue française, il répond mutin: «Je ne suis pas courageux et je ne voulais pas abandonner ma langue. Même Kundera a mis du temps avant d'enfin écrire en français.» Dans l'?uvre, Nizon et son double littéraire Stolp se perdent dans une géographie imaginaire arpentant les méandres des ruelles, les corps des femmes. On y devine aussi des poissons volants, des tableaux de Van Gogh et le bar du football. Un amas de mots pour esquisser la fascination pour les clochards, prostituées, errants, vieux parents riches aux appartements poussiéreux. «Et c'est l'apothéose de la ville et c'est une descente aux enfers et c'est le pain de la survie. La fête de la vie.»

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