Partis et Conseil fédéral divisés à tous niveaux

Divisés sur les remèdes à la crise financière, les partis gouvernementaux le sont également dans leurs critiques sur l'aptitude du Conseil fédéral à la gérer. Même constat sur la relance économique.
09 mai 2009, 10:04

Réunis hier dans le cadre de leurs rencontres régulières à la Maison de Watteville à Berne, les représentants du Conseil fédéral et des cinq partis gouvernementaux n'ont pu que constater leurs divergences sur les deux sujets à l'ordre du jour: la crise financière avec ses implications et un éventuel troisième paquet de mesures conjoncturelles pour réduire les effets de la crise.

On s'accorde sur un point, a indiqué hier Toni Brunner, président de l'UDC, parlant au nom des cinq partis: la pression sur la Suisse est «énorme» et «dommageable pour l'emploi». Allusion au secret bancaire, dont l'assouplissement annoncé n'est pas encore concrétisé, d'où le fait que la Suisse figure sur une liste grise de l'OCDE et subit des attaques de l'UE, notamment de l'Allemagne.

A droite, on soutient le Conseil fédéral dans sa volonté d'inscrire le «nouveau» secret bancaire (qui ne protégerait plus systématiquement l'évasion fiscale) dans chaque nouvel accord de double imposition, négocié pays par pays. Mais le PLR a déjà reproché au Conseil fédéral de ne pas lier, dans une stratégie globale axée sur les intérêts suisses, tous les thèmes de négociations avec l'UE.

La gauche, elle, ne s'oppose pas à une négociation multilatérale avec Bruxelles pour éradiquer à la fois fraude et évasion fiscale, et reproche au gouvernement de ne pas anticiper des attaques prévisibles contre la Suisse à ce sujet. On s'interroge aussi sur la stratégie du «donnant-donnant» du Conseil fédéral avec Washington (accord fiscal contre abandon des procédures contre UBS).

Quant à un troisième paquet conjoncturel, le Conseil fédéral a déjà indiqué qu'il ne se déciderait pas avant juin, lorsqu'il disposera des dernières prévisions économiques. Plusieurs idées sont néanmoins à l'étude: coup de pouce à l'assainissement énergétique des bâtiments, aux transports publics, à la création de places d'apprentissage ou au paiement des primes maladie pour les bas salaires.

La droite est «très réservée, voire opposée» à de nouvelles mesures de relance, a noté Toni Brunner. Elle préfère des baisses d'impôts à de nouvelles taxes et veut éviter des dépenses qui alourdiraient la dette publique. A l'inverse, la gauche propose un soutien massif dans les domaines répertoriés par le Conseil fédéral, mais aussi à l'emploi et, comme le PDC, à la lutte contre le chômage des jeunes.

Les divergences sur l'opportunité d'un paquet conjoncturel peuvent être considérées comme habituelles, entre gauche et droite, s'agissant du rôle de l'Etat face à l'économie. Même si c'est regrettable, vu l'ampleur de la récession. En revanche, la cacophonie sur la crise financière est plus grave. Entre le positionnement juridique de la Suisse et le rapport de force qu'elle subit, la stratégie à adopter n'est pas simple: il vaudrait mieux s'entendre à l'interne. /FNU

La Suisse a trop tardé

L'échange épistolaire entre l'OCDE et Hans-Rudolf Merz se poursuit. Dans une lettre au président de la Confédération, le secrétaire général de cette organisation appelle la Suisse à concrétiser rapidement ses bonnes intentions en matière de coopération fiscale. Le travail de l'OCDE sur l'évasion fiscale «ne fait que commencer», avertit José d'Angel Gurría, son secrétaire général. Il rappelle avoir informé la conseillère fédérale Doris Leuthard en novembre 2008, de ce que les standards internationaux en matière fiscale étaient en train d'être revus à la hausse. La Confédération a trop tardé à réagir en annonçant son intention d'assouplir le secret bancaire quelques jours avant le somme du G-20. Désormais, il s'agit de ne plus se contenter de paroles mais de traduire ces résolutions en actes, écrit M. Gurría. Hans-Rudolf Merz a estimé qu'il était trop tôt pour commenter cette lettre. /ats