On n'effeuillera plus la marguerite sans remords

15 avr. 2008, 12:00

A-t-on des devoirs moraux envers les plantes? Formulée autrement, la question pourrait être: la dignité de la créature vaut-elle aussi pour les plantes? Et si la réponse est oui, les conséquences ne vont-elles pas être trop tranchantes? On pense par exemple au génie génétique, au clonage ou aux brevets.

En tout cas, des spécialistes du droit, de la philosophie, de la génétique ou de l'éthique, rassemblés au sein de la Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain, plus brièvement la CENH, ont réfléchi à la question et publié leur rapport.

A la fameuse question, la Constitution fédérale et la loi sur le génie génétique répondent par l'affirmative et exigent qu'on prenne en considération la dignité des plantes. La CENH estime aussi que les végétaux ne doivent pas être traités de manière arbitraire. C'est sa conclusion: une nuisance infligée aux plantes sans raison valable n'est moralement pas admissible.

Prenons un exemple. Comme un barbare, vous piétinez un pissenlit en bordure de route. C'est un acte arbitraire. Amoureux, vous effeuillez une marguerite. Vous aviez donc une raison. Si on crée un dommage, il doit pouvoir se justifier. La Constitution fédérale reconnaît trois concepts concernant la protection du règne végétal: la protection de la biodiversité et des espèces, enfin, lors de l'utilisation des plantes, l'obligation de respecter l'intégrité des organismes vivants. Avec une distinction: la version française parle d'«intégrité» et les versions allemande et italienne font mention de «la dignité de la créature». Les réactions au toucher, chez les plantes, conduisent à des chaînes de signaux biochimiques, à des stimulations de vrilles montrant qu'elles sont plus sensibles que la peau humaine. Et ces réactions sont parfois rapides comme l'éclair, de l'ordre de 0,2 seconde. Il y a là un potentiel d'action électrique, une rapidité comparable avec les animaux inférieurs.

De même, par rapport au stress, leurs réactions sont vraiment remarquables. Il suffit qu'il y ait un déficit d'humidité au niveau des racines pour que les stomates se ferment. Un stress dû au froid cause une modification chimique des membranes cellulaires pour que celles-ci restent fonctionnelles. Conclusion de Jürg Stöcklin, l'expert externe mandaté par la commission: «Du point de vue biologique, l'unicité des animaux n'est pas supérieure à celle des plantes». La commission n'est pas toujours arrivée à des conclusions unanimes. Par exemple, à la majorité de ses membres, elle a estimé que la modification génétique des végétaux ne contredit pas l'idée de la dignité de la créature, mais «pour autant que cette modification ne porte pas atteinte à leur autonomie, c'est-à-dire à leur capacité de reproduction ou de capacité d'adaptation».

En outre, toujours pour une majorité de la commission, la valeur morale des plantes n'exclut pas par principe leur brevetabilité. C'est la commission qui le souligne, «toute action qui implique les plantes en vue de la conservation de l'espèce humaine est justifiée moralement.»