«Omega ne souhaite pas devenir une marque de niche»

Mouvement de manufacture maison, construction de nouveaux bâtiments en projet à Bienne, Omega s'affirme. Mais son président Stephen Urquhart dément toute velléité de vouloir monter en gamme. Omega veut continuer à conjuguer qualité et accessibilité.

09 avr. 2008, 12:00

L'horlogerie ne semble pas ressentir la crise financière américaine, cela se vérifie-t-il pour Omega à l'issue de ce salon horloger?

Le début d'année est en phase avec ce que nous avons vécu l'an dernier. Sinon, il est difficile de qualifier les chiffres réalisés à Bâle, qui dépendent de plusieurs paramètres. Mais l'ambiance est positive, très positive même. Egalement chez nos clients américains, qui sont venus nombreux. Bien sûr, on ne peut pas cacher qu'il y a quelques problèmes. Mais il faut également savoir que nous avons consolidé la marque en Chine, que le Moyen-Orient marche très fort, que le marché indien est en forte progression et que les pays d'Amérique latine sont aussi très positifs.

L'engouement pour l'horlogerie ne tarit pas, mais Omega est-elle armée pour faire face à un revers?

Je ne sais pas s'il y a une science pour ça. Ce qui est clair, c'est qu'Omega est une marque universelle, que sa collection est tant masculine que féminine et que depuis quelques années, on assiste à un rajeunissement de la clientèle. Ces jeunes gagnent plus rapidement de l'argent et même s'ils sont intéressés par tout ce qui est high-tech, ils sont très attirés par l'horlogerie. Et cela pas seulement en Suisse, mais dans le monde entier.

Omega n'a cessé de s'affirmer qualitativement lors des deux dernières décennies, cette ascension s'arrêtera-t-elle?

Non, qualitativement, nous n'allons pas nous arrêter. Il y a une dizaine d'années, nous avons voulu qu'Omega retrouve son positionnement au niveau de la montre mécanique. Mais nous ne sommes pas en train de devenir une marque à complications. L'invention de l'échappement coaxial et son utilisation depuis bientôt 10 ans a joué un grand rôle dans notre repositionnement. A quelques exceptions près, notamment dans la «Moon Watch» qui conserve son mouvement d'origine, l'échappement coaxial équipe la quasi totalité de nos montres pour hommes. Avec le lancement de notre calibre maison, cet échappement va progressivement équiper également toutes nos montres féminines. Ceci dit, le quartz reste aussi valable pour ces dernières, pour des questions de taille. Il demeure que notre vocation première est de proposer des mouvements de la meilleure qualité possible, offrant une durabilité et une précision optimales. Omega ne cherche pas à devenir une marque de niche.

Les JO de Pékin sont le principal rendez-vous d'Omega en 2008. La multiplication des manifestations contre le régime chinois rend-elle votre rôle de chronométreur officiel inconfortable?

La position d'Omega et du Swatch Group est claire. Nous sommes là pour remplir un rôle qui est indispensable pour que les Jeux puissent avoir lieu. En 1980, Omega était aux JO de Moscou quand l'Occident les a boycottés. En 1984, à Los Angeles, aussi, quand l'inverse s'est produit. Nous sommes au service des athlètes. Nous pensons que ces Jeux vont être fantastiques pour le monde sportif, la Chine et Omega. Pour nous, ce sont les 23e, les premiers d'été depuis Séoul en 1988. Je suis sûr que les choses vont se calmer et se résoudre. La Chine est un grand pays avec une histoire particulière, il fallait s'attendre à des réactions.

Plusieurs dizaines de millions de francs seront investis pour le futur bâtiment biennois d'Omega. Le Swatch Group a-t-il de nouvelles ambitions pour la marque?

Cela permettra de nous exprimer pleinement, de montrer toutes les facettes de notre marque. Depuis 10 ans que je suis là, le Swatch Group a toujours témoigné un soutien à toutes ses marques. Bien sûr, certaines sont dans un créneau qui a davantage de potentiel et demandent peut-être plus d'investissement. Ce n'est donc pas une question de préférence, mais de différence. Les besoins peuvent se situer au niveau de la distribution ou de la production industrielle. Pour Omega, ce regroupement va permettre une plus grande homogénéité et une meilleure supervision de nos activités. Nos visiteurs pourront également découvrir dans un seul espace tous les paramètres de la marque.

Nicolas Hayek a récemment déclaré que l'horlogerie a tort de se focaliser uniquement sur le luxe, en rappelant que le sauvetage de l'horlogerie suisse était parti de la base.

Je suis entièrement d'accord avec lui. Il faut que l'on soit attentif, car on a beau faire tout ce que l'on veut, en fin de compte, c'est le consommateur qui décide. Mais il ne faut pas non plus que l'on enlève ce côté de rêve à l'horlogerie. Omega donne la possibilité chaque année à des centaines de milliers de personnes de pouvoir acquérir une montre de qualité qui a une histoire extraordinaire. Pas besoin d'une montre à 100 000 francs pour exprimer ce fabuleux métier d'horloger. / DJY