Moritz Leuenberger veut serrer la vis à La Poste

Moritz Leuenberger a décidé de serrer un peu la vis dans le dossier de La Poste après les départs en série et les critiques contre Claude Béglé. Un groupe de travail passera au crible le fonctionnement du conseil d'administration.
08 janv. 2010, 10:43

Un groupe de travail composé de deux commis de l'Etat passera au crible le fonctionnement du conseil d'administration de La Poste. Moritz Leuenberger en a décidé ainsi hier, après les départs en série et les critiques contre Claude Béglé. Le renouvellement du conseil d'administration devrait être accéléré.

Le ministre de tutelle du géant jaune a chargé le secrétaire général de son département Hans Werder et le chef de l'Administration fédérale des finances Peter Siegenthaler d'évaluer les événements des dernières semaines. En raison de divergences avec le président du conseil d'administration Claude Béglé, deux membres de cet organe ainsi que le directeur de La Poste, Michel Kunz, ont claqué la porte.

Le groupe de travail devra analyser les répercussions sur le fonctionnement de l'actuel conseil d'administration et en tirer les conclusions nécessaires pour sa future composition, a indiqué le Département fédéral de la communication (Detec) dans un communiqué. Autre mission: préparer le renouvellement intégral du conseil d'administration et évaluer les candidatures potentielles.

Et de relever que «ce travail prendra un certain temps et exige la plus grande discrétion, raison pour laquelle il ne peut être discuté publiquement.» L'élection ordinaire du conseil d'administration est prévue pour le mois de mai. Mais vu les circonstances, elle «sera si possible anticipée».

Le choix de Hans Werder et Peter Siegenthaler s'explique par le fait que le Conseil fédéral, associé aux décisions stratégiques de La Poste, nomme les membres du conseil d'administration et de son président sur mandat du Detec et du Département des finances. Au printemps, Claude Béglé a remplacé à la présidence Anton Menth, particulièrement discret. Dans le même temps, Michel Kunz a repris la direction de l'ex-régie des mains d'Ulrich Gygi.

Le style de Claude Béglé et ses visions d'expansion à l'étranger, «à la Nestlé», ont mis le feu aux poudres. Les partis ont exigé ces derniers jours des éclaircissements, notamment sur la stratégie internationale prônée par le Vaudois, en plus des activités déjà menées par La Poste hors des frontières. Celles-ci représentent 20% de son chiffre d'affaires global.

Jusqu'ici, «toutes les participations et coopérations ont été réalisées conformément aux objectifs stratégiques du Conseil fédéral», a tenu à préciser le Detec dans son communiqué. Ces objectifs règlent dans le détail les critères à respecter par ce genre de décisions stratégiques.

Concernant l'expansion envisagée, le conseil d'administration a demandé à la direction du géant jaune d'élaborer des propositions concrètes d'ici l'été. Le Conseil fédéral aura son mot à dire et pourra, si nécessaire, adapter les objectifs stratégiques. /ats

L'information sur mesure coûte cher

Et si les lecteurs composaient leur propre journal en puisant dans différents titres les sujets qui les intéressent? Cette formule d'apparence séduisante a été expérimentée l'an dernier par La Poste grâce à la collaboration d'éditeurs suisses et étrangers intéressés à déterminer son potentiel économique. Les résultats de cette analyse étaient attendus pour le début de cette année, mais on ne dispose pour l'instant que de résultats partiels. Ils démontrent l'intérêt de la clientèle, mais ils ne garantissent pas encore la viabilité de ce journal personnalisé.

«Les problèmes de distribution sont complexes», explique la porte-parole de La Poste, Nathalie Salamin. «Dans leur majorité, les lecteurs ne souhaitent pas lire leur journal sur écran. Ils veulent recevoir une version papier et si possible avant 8h du matin.»

D'abord prévue pour une période de trois mois, l'expérience a finalement été menée de décembre 2008 à juin 2009. Près de 1200 personnes se sont portées volontaires. Elles étaient invitées à composer leur quotidien idéal en puisant dans les rubriques de quatorze titres suisses et étrangers. Elles pouvaient par exemple choisir de recevoir la rubrique nationale du «Tages Anzeiger», la chronique internationale du «Washington Post» et les nouvelles locales des «Freiburger Nachrichten». Aucun titre romand n'a été associé au projet.

Pour des raisons pratiques, seules 100 personnes de la région zurichoise ont reçu une édition papier de leur «Personal News». Toutes les autres ont dû se contenter d'une version électronique. Et c'est là que le bât blesse, car les lecteurs sont plus attachés au papier qu'on ne l'imagine au vu de la multiplication des sites d'information sur le net: 61% réclament le format papier.

Mais s'il faut en passer par là, les promoteurs du quotidien à la carte seront confrontés aux mêmes problèmes de fabrication et de distribution que les éditeurs d'un quotidien traditionnel. Les coûts seront même plus importants puisque chaque journal est différent. Il s'agit donc de savoir quel montant le lecteur est prêt à débourser pour recevoir un journal de ce type. Pendant la phase pilote, il était livré gratuitement.

La Suisse pourrait tirer des enseignements d'un exemple allemand. Deux jeunes Berlinois viennent de lancer un journal personnalisé («Niiu») livré à domicile. Le prix a été fixé à 1,2 euro pour les étudiants et apprentis, 1,8 euro pour les autres, ce qui correspond grosso modo au prix du quotidien que vous avez entre les mains. Ils visent un public jeune, ce qui ne correspond pas aux résultats de l'expérience suisse. Celle-ci montre que les personnes intéressées ont un âge moyen de 40 ans. Par ailleurs, il s'agit surtout d'une clientèle masculine ayant fait des études supérieures.

CHRISTIANE IMSAND