Les syndicats réclament des hausses malgré la crise

Les négociations salariales sont lancées. Les syndicats veulent 2% de plus pour les branches qui vont bien et 1% pour tout le secteur public.
02 août 2015, 18:46

Il faut soutenir la consommation privée. Les syndicats réclament donc pour 2010 des augmentations de salaire. Malgré la crise, malgré la hausse du chômage. Mais l'organisation faîtière Travail.Suisse privilégie une approche différenciée selon la situation économique des branches et des entreprises.

Ainsi les syndicats estiment «réalistes et raisonnables», pour reprendre les adjectifs d'Arno Kerst, le vice-président de Syna, des adaptations salariales jusqu'à 2% pour les branches qui ne sont pas, ou peu, touchées par la crise. Ils pensent par exemple à la construction et au second œuvre. Par contre, dans l'industrie d'exportation très touchée par la récession, le maintien des postes de travail est prioritaire. Les syndicats, dans ces secteurs fragiles, sont prêts à négocier une garantie de l'emploi plutôt qu'une augmentation salariale.

L'argument principal est la croissance. Ces augmentations de salaires vont soutenir la consommation privée, pilier de la croissance. Or, cette consommation menace de s'écrouler l'année prochaine, selon certains instituts conjoncturels. Trois raisons à ce recul, selon les syndicats. D'abord, le revenu disponible va diminuer en raison des hausses des primes de caisse maladie. Ensuite, les salariés devront, dans certains cas, participer à l'assainissement des caisses de pension. Enfin, ils estiment à 1% l'augmentation du renchérissement en 2010.

Ils ont beaucoup obtenu en 2009. Les salaires réels ont augmenté de 3,1%. Pourtant Arno Kerst parle toujours de «retard salarial» en détaillant les années 2004 à 2008. Durant ce temps, le PIB a crû de 13,9%. Et l'indice suisse des salaires a progressé seulement de 0,5%, selon l'Office fédéral de la statistique. De même, pendant cette période, les salaires des plus importantes conventions collectives ont augmenté réellement de 2,5%. Il faut, selon les syndicats, rattraper ce retard. En privilégiant les bas et moyens revenus. Ce qui aura un véritable impact sur la consommation privée. Et comblera l'écart entre les bas salaires et ceux des managers. /PPA

Martine Brunschwig Graf: «Il faut respecter le rituel»

Martine Brunschwig Graf, malgré la crise, les syndicats suisses revendiquent des hausses de salaires pour 2010. Sur le principe, qu'en pensez-vous?

C'est le premier round du rituel de négociations qui a lieu chaque année. Les syndicats sont les premiers à annoncer la couleur. Ils jouent leur rôle. Après commenceront les négociations. Et, à ce moment-là, il faudra bien tenir compte de la crise et des réalités économiques.

Ils demandent 2% de hausse pour les branches pas ou peu touchées par la crise, comme la construction et le second œuvre. Est-ce réaliste?

Je trouve cette demande assez optimiste. Mais je le redis. C'est le début du rituel. La Suisse a la chance d'avoir cette culture des négociations entre partenaires sociaux, que ce soit par entreprise ou par branche. Et je suis pleinement favorable à cette culture de négociations et de conventions collectives.

Ils exigent aussi une augmentation de 1% pour tout le secteur des entreprises et services publics. Est-ce possible?

Cette revendication n'a aucune chance d'aboutir. Cette fois-ci, les syndicats ne respectent pas le principe de la négociation sectorielle. Ce secteur représente, en tout, un million de salariés, soit un cinquième des personnes actives en Suisse. S'ils veulent une augmentation pour ces employés-là, ils devront négocier commune par commune, canton par canton ainsi qu'avec la Confédération. C'est ainsi que nous procédons en Suisse. Les résultats des négociations dépendront de la situation des finances des différentes collectivités publiques. /ppa