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Les islamistes biennois exclus du dialogue national

05 mai 2010, 12:17

Le Conseil central islamique suisse (CCIS) de Bienne, dont les propos de son président sur la lapidation des femmes ont choqué, ne pourra pas participer au dialogue entre les organisations musulmanes de Suisse et Eveline Widmer-Schlumpf. Les services de la conseillère fédérale l'ont clairement fait savoir hier à l'issue d'une réunion à Berne.

Cette décision intervient alors que le Grand Conseil argovien a décidé hier de lancer une initiative cantonale pour faire interdire la burqa dans les lieux publics en Suisse.

Les déclarations des responsables du CCIS ont fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières semaines. Le président du conseil, Nicolas Blancho, a ainsi affirmé dans des entretiens accordés aux médias que la lapidation des femmes «faisait partie de sa religion». A la suite de ces propos, l'Office fédéral des migrations (ODM) a invité le responsable ainsi que le porte-parole du CCIS, Quasim Illi, à participer à une discussion hier à Berne. Au cours de l'entretien, le chef de l'ODM, Alard du Bois-Reymond, a rappelé que l'ordre juridique helvétique s'applique «à toutes les personnes qui vivent» en Suisse.

Durant ce tête-à-tête d'une heure, Alard du Bois-Reymond a invité les responsables du CCIS à se distancier explicitement de la lapidation des femmes, pratiquée notamment en Iran. Il a aussi expliqué à Nicolas Blancho et Quasim Illi qu'«il n'est pas possible de négocier sur certaines valeurs comme l'égalité entre hommes et femmes».

Le patron de l'ODM a enfin souligné qu'il est «hors de question d'introduire un conseil de la fatwa». «Il importe d'éviter l'émergence de sociétés parallèles» en Suisse, a-t-il dit. L'Office fédéral a clairement fait savoir qu'une participation de cette organisation au dialogue avec la population musulmane «est impensable dans les conditions actuelles».

Alard du Bois-Reymond a déclaré que Nicolas Blancho avait refusé de se distancier clairement et sans équivoque de pratiques inacceptables telles que la lapidation des femmes. Le président du CCIS a raté une occasion: en tant que Suisse converti à l'islam, il aurait pu faire le lien entre les deux mondes, estime le patron de l'ODM. Ce dernier n'a pas exclu que le comité du CCIS se radicalise à la suite de cette exclusion du dialogue national, «un risque existe». La réponse de la Confédération est d'intensifier et d'approfondir le dialogue avec les musulmans modérés, qui sont très largement majoritaires en Suisse, a-t-il ajouté dans la foulée.

Quasim Illi a déclaré qu'il serait «contre-productif et faux» de maintenir le CCIS à l'écart du dialogue national. Avec plus de 1000 membres, le conseil joue déjà «un rôle certain» dans la société musulmane de Suisse. Son importance va aller croissant avec l'augmentation du nombre de membres, a-t-il relevé. Quasim Illi s'est toutefois dit confiant. Selon lui, son organisation sera intégrée à plus ou moins long terme au dialogue mené avec Eveline Widmer-Schlumpf.

Le porte-parole a déclaré que les responsables du CCIS avaient dit lors de la rencontre d'hier qu'ils reconnaissent la législation suisse et l'ordre social établi dans ce pays. Ils ont par ailleurs expliqué que les valeurs fondamentales d'une société sont «constamment en mouvement» et qu'elles peuvent évoluer.

Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, a salué dans l'après-midi l'exclusion du CCIS. Elle estime que les positions du conseil sont soutenues par une infime minorité des musulmans qui vivent en Suisse. Même les croyants les plus conservateurs se distancient de ces avis, a-t-elle souligné. /ats

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