Le livre de Carla Del Ponte continue de faire débat

11 avr. 2008, 12:00

«La Chasse», le livre de Carla Del Ponte sur ses activités de procureur auprès du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), ne suscite pas seulement la controverse en Suisse, en Serbie et en Albanie. La Russie, alliée de Belgrade et censeur du TIPY, n'a pas raté l'occasion de se manifester.

Un passage où Carla Del Ponte raconte une enquête avortée sur l'éventuelle participation de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) à un trafic d'organes a retenu toute l'attention de Moscou. «Les faits rendus publics sur des crimes bestiaux de l'UCK contre des civils serbes, sous prétexte de lutte pour l'indépendance, sont choquants», faisait savoir mardi le Ministère russe des affaires étrangères. «Ce genre de révélations jure avec les scénarios de certains Etats qui visent à donner aux Albanais du Kosovo l'image de martyrs», poursuivait le document.

La Russie a donc demandé au TPIY s'il disposait d'informations sur les crimes mentionnés dans les mémoires de Carla Del Ponte et si des enquêtes avaient été lancées. Comme d'autres, la Russie fait un usage très sélectif de l'?uvre de la Tessinoise. Elle ne fait guère référence aux nombreux autres passages critiques à l'égard de la Serbie.

Les débats continuent aussi en Suisse. Mercredi, le «Corriere del Ticino» a révélé que le livre avait été soumis au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) avant sa publication. Mais pour Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du DFAE, l'affaire est claire: «Carla Del Ponte a écrit ce livre en son nom propre. Elle s'y exprime sur son ancienne activité de procureure du TPIY. Partant, le DFAE ne pouvait proposer, ni exiger des modifications.»

Dernier rebondissement: après avoir critiqué Carla Del Ponte et réclamé son limogeage de son poste d'ambassadrice en Argentine, le président de la commission de politique extérieure (CPE) du National, l'écologiste Geri Müller, a vu à son tour les foudres de ses collègues s'abattre sur lui. Un certain nombre d'entre eux ont estimé sa prise de position sans discussion préalable inacceptable.

«Ce n'est pas le rôle de la CPE de réclamer la démission d'une diplomate», grince la libérale Martine Brunschwig-Graf. «Ce que Geri Müller a fait est problématique», surenchérit Christa Markwalder, vice-présidente de la CPE. La radicale rappelle que le président de la CPE a facilement accès à la cheffe du DFAE et peut faire valoir son point de vue en toute discrétion. Pour elle, c'est un peu tard pour s'indigner: «Tout le monde savait que Carla Del Ponte n'était pas une diplomate de carrière et avait un caractère entier.»

Le fait que le livre vient d'être publié et qu'il n'existe qu'en italien favorise la polémique. Les intervenants ne se basent que sur les recensions publiées dans la presse suisse et internationale, qui donnent une vision fragmentaire du propos. Ce sont les passages les plus croustillants qui font débat.