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Le Hezbollah tisse sa toile au Liban

Après être venu à bout du gouvernement de Saad Hariri, le Parti de Dieu, chiite, bras armé de l'Iran et de la Syrie, tente de s'imposer.

11 avr. 2011, 11:46

Jusqu'au mois de janvier 2011, jamais, dans l'histoire mondiale des r?gimes parlementaires un parti politique n'avait r?ussi ? faire tomber un gouvernement pour tenter d'emp?cher un processus judiciaire l?gal d'aller ? son terme. En provoquant, le 12 janvier dernier, la d?mission du gouvernement de Saad Hariri - issu des ?lections g?n?rales de 2009, le Hezbollah, parti chiite islamiste, a pourtant r?ussi cette prouesse.

Depuis sa ?divine victoire? contre Isra?l dans la guerre de l'?t? 2006, le Parti de Dieu acc?l?re son grignotage territorial du pays du C?dre. En payant des prix nettement sup?rieurs ? ceux du march?, il ach?te des terrains jug?s strat?giques sur l'ensemble du territoire libanais. De fait, profitant de la passivit? de l'arm?e libanaise, il contr?le aujourd'hui pratiquement toutes les lignes de cr?te qui courent du sud au nord du pays. Le contr?le de la plaine de la Bekaa (frontali?re de la Syrie) et des collines de tout le Liban-Sud (frontali?res d'Isra?l) ne lui suffit plus.

Pourquoi les cr?tes? En cas de nouvelle guerre contre l'?tat h?breu, c'est d'elles que pourraient ?tre tir?s des missiles destin?s ? la Galil?e. Depuis 2006, l'Iran a accru la port?e des armes balistiques qu'il produit et qu'il est pr?t ? livrer ? tout moment au Hezbollah, via le territoire syrien. Dans le sud du Chouf, Walid Joumblatt a le plus grand mal ? freiner les achats de terrains et de villages par des familles chiites servant d'?crans au Hezbollah. En s'installant dans ces r?gions originellement druzes, le ?parti de la r?sistance? cherche ? tenir un verrou susceptible de bloquer une invasion de la Bekaa par l'arm?e isra?lienne.

?Maillage territorial?

Encore plus fort, le Hezbollah a r?ussi ? se faire construire par l'?tat libanais une petite route de montagne reliant directement, le long de la rivi?re Nahr Ibrahim, le village de Ras Baalbek dans la Bekaa au littoral m?diterran?en. Ne passant que par des villages chiites (Afqa, Lassa, Janneh, Frat, Hjoula), la route coupe en deux le pays chr?tien. ?En instrumentalisant tous les villages chiites, le Hezbollah poursuit son maillage territorial du Liban?, explique Fares Souhaid, porte-parole du mouvement antisyrien du 14 Mars, et ancien d?put? de Qartaba, gros bourg chr?tien situ? juste au nord de Lassa et de la route. ?L'?t?, ? Qartaba, nous sommes souvent r?veill?s par le bruit de coups de feu provenant de for?ts isol?es: c'est l'entra?nement des jeunes miliciens du Hezbollah au sein de leurs pr?tendus camps scouts.?

M?me ? Tripoli, le grand fief sunnite du nord du pays, le Hezbollah a r?ussi ? ?tendre son emprise. Sur les hauteurs nord-est de la ville, o? r?side une importante communaut? alaouite, on ne voit pas que des portraits de Bachar el-Assad. Vendeur de DVD, Ali Saad, 40 ans, a aussi plac?, sur la vitrine de son ?choppe, un portrait d'Imad Moughnieh, le l?gendaire chef militaire du Hezbollah, notamment responsable des gigantesques attentats antiam?ricain et antifran?ais de 1983 ? Beyrouth. Ce dernier fut tu?, en f?vrier 2008, ? Damas, devant le centre culturel iranien, par l'explosion d'une bombe qui avait ?t? cach?e dans l'appui-t?te de sa voiture, probablement par des agents du Mossad, avec la complicit? passive des services syriens, trop contents de voir ?liminer un homme qui en savait beaucoup sur l'assassinat de Rafic Hariri.

Plus bas, dans les ruelles d?labr?es du centre de Tripoli, encore marqu?es par les traces d'?clats de la f?roce guerre men?e par les sunnites contre l'arm?e syrienne en 1982, les all?geances sont bien s?r tout autres (portraits d'Hariri p?re et fils et m?me de Saddam Hussein?). ?Que le Hezbollah cantonne ses armes dans le Sud, face ? Isra?l!?, s'insurge Mohammed, ferronnier, qui dit aussi toute sa sympathie pour les r?volt?s de Syrie. Mais ce que ce petit commer?ant n'ose pas dire est que son mis?rable quartier est contr?l? par un gang dirig? par un nomm? Samir Hassan.

Depuis que, faute de financements saoudiens, Hariri ne payait plus Samir Hassan, le Hezbollah s'est pr?cipit? dans la br?che, pour salarier (? 350 dollars par mois en moyenne), ces hommes de main sunnites. Bien s?r, le jour o? reprendraient des affrontements sunnites-alaouites, ces mercenaires rejoindraient probablement leur bord confessionnel. Alors, pourquoi le Hezbollah prend-il la peine de les payer? Parce que l'obsession du ?parti de la r?sistance? est de montrer que sa strat?gie libanaise n'est pas seulement confessionnelle, mais nationale. Ayant d?j? gagn? ? sa cause les chr?tiens du g?n?ral Aoun, puis les Druzes de Joumblatt, le Hezbollah est pr?t ? tout pour arracher des soutiens sunnites.

Depuis deux ans, le Parti de Dieu avait multipli? les pressions pour obtenir de la R?publique libanaise qu'elle cesse de coop?rer avec le TSL (Tribunal sp?cial de La Haye sur le Liban), instance judiciaire internationale cr??e par l'ONU pour juger les coupables de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, tu? dans un attentat sur la Corniche de Beyrouth le 14 f?vrier 2005. ? mesure que l'enqu?te progressait et que les rumeurs se multipliaient sur l'existence de preuves impliquant la branche militaire du parti chiite, son leader, Hassan Nasrallah, s'est mis ? combattre le TSL, fustig? comme un ?instrument diabolique d'Isra?l?. En promettant en ?change ? Saad Hariri une pleine libert? de man?uvre pour gouverner, le Hezbollah esp?rait convaincre l'ancien premier ministre sunnite de renoncer ? venger la m?moire de son p?re par un proc?s s?rieux.

Mais le fils, qui avait d?j? aval? beaucoup de couleuvres impos?es par la Syrie, l'Iran et leur instrument commun qu'est le Hezbollah, persista dans son refus au d?but du mois de janvier. La paix civile, oui, mais pas au prix de l'ignominie.

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