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La victoire de Dick Marty

La reconnaissance publique de l?existence de prisons secrètes en Europe par le président américain George Bush est une éclatante confirmation des thèses du Tessinois Dick Marty. Reste encore à savoir où ces geôles se trouvent... Le conseiller aux Etats tessinois Dick Marty (PRD) a été chargé par le Conseil de l?Europe d?enquêter sur l?existence ou non de prisons secrètes de la CIA sur le Vieux Continent. Même s?il n?a pas pu apporter une preuve définitive, il avait conclu dans son rapport que cela était fort probable. Finalement le président américain a confirmé lui-même que le Tessinois avait raison. Interview.

09 sept. 2006, 12:00

Le président George Bush a finalement reconnu l'existence des prisons secrètes de la CIA. Etes-vous satisfait?

Dick Marty: Oui, je crois que c'est évidemment la confirmation que notre travail n'était pas déplacé. Mais je ne débouche évidemment pas le champagne. Je serai vraiment content quand on saura toute la vérité. Nous devons maintenant découvrir où sont ces prisons.

Les analystes soulignent que Georges Bush a fait ce pas par pur calcul de politique intérieure. Qu'en pensez-vous?

D.M.: Il est clair que George Bush n'a pas fait ce geste par bonté d'âme. Il y a eu débat au sein de l'Administration américaine à ce propos. Condoleezza Rice voulait qu'on lève le voile sur cette question. Dick Cheney souhaitait maintenir le secret. Je crois que la crainte de révélations inopportunes durant la campagne pour les élections parlementaires a finalement emporté la décision. On montre ainsi aux Américains que l'Administration lutte contre le terrorisme et obtient des résultats.

Pensez-vous toutefois que vos efforts ont contribué à provoquer ce geste du président des Etats-Unis?

D.M.: Dès le début de mon travail, j'ai dit que je voulais créer un climat favorable à l'éclosion de la vérité. Différentes ONG, le Conseil de l'Europe, les médias et l'opinion publique se sont mobilisés. Les ambassades américaines ont certainement fait leur rapport à Washington et à un moment donné Condoleezza Rice a décidé que l'affaire devenait contre-productive pour les Etats-Unis. Enfin, il ne faut pas oublier l'effet des décisions de la Cour suprême américaine et le travail des médias américains qui ont aussi produit leurs effets.

Avez-vous encore un rôle à jouer dans cette affaire ou votre mission pour le Conseil de l'Europe a-t-elle pris fin?

D.M.: Une grande majorité du Conseil a décidé que ma commission doit continuer à suivre ce dossier. Nous allons prochainement avoir une rencontre pour décider du comment. Pour l'heure, je me dispute avec l'administration du Conseil de l'Europe sur des questions logistiques. Elle avait engagé un jeune Ecossais pour m'épauler. Celui-ci a effectué du très bon travail. Maintenant, on me dit qu'on ne peut pas renouveler son contrat. Si on voulait saborder nos efforts, on ne s'y prendrait pas autrement!

Que souhaiteriez-vous encore entreprendre dans ce dossier?

D.M.: Je crois qu'il faut poursuivre les recherches et suivre de près toutes les enquêtes qui ont été ouvertes un peu partout en Europe. Il est essentiel que les Etats qui ont accepté de servir l'entreprise de la CIA comprennent qu'il est dans leur intérêt de faire eux-mêmes toute la lumière sur l'éventuelle existence de prisons secrètes sur leur territoire. Ils doivent comprendre que si cela sert les intérêts de Bush, il fera lui-même les révélations. Alors il vaudrait mieux qu'ils prennent les devants.

Vous avez critiqué les atermoiements de la Suisse. Qu'attendez-vous du Conseil fédéral dans ce nouveau contexte?

D.M.: La Suisse doit s'inquiéter de ce que faisait Robert Seldon Lady, l'organisateur de l'enlèvement de Abou Omar à Milan, en Suisse avant l'enlèvement. Le Conseil fédéral avait dit qu'il n'y avait pas de preuve que Abou Omar était bien dans l'avion qui a survolé notre pays en allant de Milan à Rammstein. Aujourd'hui, les enquêtes en Allemagne et à Milan le démontrent. Que leur faut-il encore? Un test ADN qu'il était bien dans cet avion? La Suisse doit aussi examiner de plus près les atterrissages d'avions de la Suisse et notamment à Sion. Au début, on avait parlé de quatre atterrissages. Puis Amnesty International avait démontré qu'il y en avait un de plus. Aujourd'hui on parle de 48 atterrissages. On doit y mettre la même énergie qu'on met pour retrouver l'auteur de la fuite du fameux «fax égyptien» (ndlr: publié par le «Blick» et qui «prouve» l'existence des prisons secrètes). /ERE

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