La Suisse apprend les vertus du donnant-donnant

27 oct. 2010, 11:59

C'est une première: vendredi dernier, en marge du Sommet de la Francophonie à Montreux, la Suisse a conclu avec le Bénin un accord migratoire incluant renvoi des requérants d'asile déboutés, aide financière au retour et coopération technique. Un accord à spectre large qui dénote «une approche de plus en plus globale qui comprend non plus seulement la réadmission des citoyens béninois, mais aussi l'aide au retour, l'entrée et le séjour», explique Marie Avet, porte-parole de l'Office fédéral des migrations (ODM).

Via cet accord, Berne promet d'abord une aide technique aux autorités béninoises. «Il s'agit de former les gardes-frontière à la lutte contre l'immigration irrégulière», explique Marie Avet. Parallèlement, le Bénin s'engage à reprendre ses ressortissants renvoyés de Suisse. En échange, Berne leur offrira une aide au retour et à la réintégration, comme un soutien financier à l'ouverture d'un commerce, ou la possibilité de poursuivre un traitement médical dans leur pays.

Cette «aide au développement» n'a toutefois rien à voir avec le travail de la Direction du développement et de la coopération (DDC), quand bien même la coopération suisse a fait du Bénin un de ses pays prioritaires et y investit 12,5 millions de francs par an. Jusqu'ici, le Conseil fédéral s'est en effet toujours refusé à utiliser le levier de la coopération pour arracher des concessions dans le domaine des migrations. Mais pourquoi le Bénin? Ce pays d'Afrique occidentale ne constitue pas un partenaire prioritaire: en 2009, 27 Béninois ont seulement déposé une demande d'asile en Suisse. «Ce sont les autorités béninoises qui étaient demandeuses. Nous négocions avec tous les pays qui y sont disposés», explique prosaïquement Marie Avet. Et la porte-parole de l'ODM d'insister: non, le Bénin ne servira pas de tête de pont pour le renvoi de requérants d'asile déboutés vers le grand Nigéria voisin.

La Suisse est d'ailleurs en discussions avancées directement avec le Nigéria, quand bien même elles ont été rendues plus compliquées par la mort d'un requérant d'asile au cours de son renvoi à l'aéroport de Zurich. Selon Marie Avet, une délégation nigériane est attendue début novembre pour la conclusion d'un «memorandum of understanding» qui embrassera encore plus large que l'accord passé avec le Bénin.

En acceptant de jouer donnant-donnant, l'Office fédéral des migrations espère multiplier les accords de réadmission. A ce jour, il en a conclu 46, dont 7 avec des pays africains. Un nombre encore restreint qui devient un enjeu politique brûlant, alors que la campagne bat son plein au sujet de l'expulsion des criminels étrangers. Car sans accords de réadmission, la votation du 28 novembre risque de produire des effets limités, quelle que soit la solution qui l'emporte, initiative de l'UDC ou contre-projet du Conseil fédéral.

Berne/Serge Gumy