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La fin de 16 années de cavale

27 mai 2011, 10:01

Il vivait à deux heures de Belgrade, dans le village de Lazarevo, près de Zrenjanin, dans de la Voïvodine, une province autonome de Serbie. La maison dans laquelle il logeait, qui appartiendrait à des cousins de sa mère, a été encerclée très tôt hier matin par des policiers et des hommes des services secrets serbes, alors que l'aube pointait à peine.

Ratko Mladic avait toujours dit qu'on ne le «prendrait jamais vivant». Mais selon les informations recueillies par «Le Figaro», le bourreau de Srebrenica n'a opposé aucune résistance à son arrestation. Il se serait même montré «coopératif».

Contrairement à son compère Radovan Karadzic, qui au moment de sa capture à Belgrade en 2008 était méconnaissable, transformé en professeur de médecine alternative, une longue barbe blanche et un chignon au sommet du crâne, Ratko Mladic n'avait pas modifié son apparence physique. La même gueule de pitbull, des yeux cruels et transperçants, une bouche pleine de mépris pour ceux qui ne lui ressemblent pas.

Il avait cependant adopté une nouvelle identité, celle de Milorad Komadic, un nom d'emprunt qui figurait sur son passeport. Selon la radio indépendante B92, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie aurait «considérablement vieilli». Il serait en assez mauvaise condition physique. Il est «assez pâle», ce qui démontre qu'il «ne sortait pas beaucoup», a précisé le président du Comité serbe pour la coopération avec le Tribunal de La Haye, Rasim Ljajic.

Une entrave à la normalisation

C'est la fin d'une cavale de 16 ans, entamée au moment de son inculpation pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité en 1995. A l'époque, Ratko Mladic est à peine dérangé par des simulacres d'opérations menés par les forces de l'Otan. La communauté internationale manque de volonté. Les responsables militaires à ses trousses prétendent que le terrain bosniaque, ses montagnes et ses vallées, rend la traque difficile. Leurs patrons politiques craignent en fait que l'arrestation de l'Attila serbe provoque des manifestations de nature à faire capoter la fragile paix bosniaque.

Tout change en 1996, avec le retour au pouvoir des partis nationalistes en Bosnie, qui fait subitement apparaître la liberté dont jouit toujours le général Ratko Mladic comme une entrave à la normalisation. Alors celui-ci se cache.

En 2000, après la chute de Milosevic et l'arrivée au pouvoir à Belgrade des réformateurs, l'étau se resserre contre l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie. L'un de ses gardes du corps lui loue des appartements dans la capitale serbe. Mais la tentative de Zoran Djindjic de transférer Mladic au Tribunal pénal international de La Haye fera long feu. Le courageux premier ministre réformateur sera assassiné le 12 mars 2003, jour d'anniversaire de Ratko Mladic, au moment où il s'apprêtait à lancer l'opération... Un nuage sombre recouvre alors de nouveau la Serbie. Les réformes sont stoppées, les Occidentaux occupés en Afghanistan et en Irak et Mladic circule entre Belgrade, la province serbe et la Bosnie.

A Belgrade, le pouvoir prétend ne pas savoir où il se cache. En fait, le premier ministre nationaliste Vojislav Kostunica entretient une proximité idéologique avec lui. Et le président réformateur Tadic n'ose pas prendre de front les nationalistes et les forces de sécurité. «Les Serbes ont toujours su où il était ou au moins à quelle porte frapper pour le trouver en 24 heures», confirme une source très proche du dossier. Les télégrammes de WikiLeaks publiés sur le sujet enfoncent le clou: «Belgrade savait parfaitement où se trouvait Mladic.»

La réputation de la Serbie est rétablie

Mais les pressions internationales, les menaces de sanctions et les rendez-vous ratés avec l'Union européenne ont fini par marcher. Pourquoi maintenant? Sans doute parce que Serge Brammertz, le procureur du Tribunal pénal international, estimant que les efforts de la Serbie «ne sont pas suffisants», s'apprêtait à présenter devant le Conseil de sécurité des Nations unies un rapport extrêmement négatif sur la coopération avec Belgrade. Alors que la Croatie avance à grands pas vers l'Union, sa sœur serbe n'a même pas encore eu le droit de déposer sa candidature! Le feu vert a donc été donné par Belgrade.

Interviewé le mois dernier par «Le Figaro», Boris Tadic avait eu ces mots: «J'espère que Mladic est toujours en Serbie, autrement ma mission serait impossible.» D'un air grave, le président serbe a affirmé hier: «Une période difficile de notre histoire est finie et la réputation de la Serbie n'est plus ternie.»

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