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«L'UDC ne veut pas transformer Samuel Schmid en victime»

Spécialiste de la droite nationaliste, le politologue Oscar Mazzoleni voit dans l'«affaire Nef/Schmid» une bonne illustration de la nouvelle quête de profil de l'UDC. Interview. Le sociologue et anthropologue Oscar Mazzoleni, chargé de cours aux Universités de Lausanne et de Genève, auteur de l'ouvrage «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la «nouvelle» UDC», (Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes) remet l'affaire qui secoue le Département de Samuel Schmid dans le contexte plus large de l'évolution du paysage politique suisse.

28 juil. 2008, 12:00

L'UDC a semblé hésiter à demander haut et fort la démission de Samuel Schmid. Comment l'interprétez-vous?

Elle n'a effectivement pas réagi immédiatement, ni avec la vigueur qu'on lui connaissait. Le parti a dit, ou voulu faire croire, qu'il avait été surpris, comme tout le monde, par les révélations. Mais on peut aussi voir dans cette sorte d'hésitation la volonté de ne pas transformer Samuel Schmid en victime, ce qui avait été le cas avec Eveline Widmer-Schlumpf, qui avait dès lors attiré la bienveillance et les réflexes de protection. Le parti vient de renouveler [réd: après l'annonce de la démission de Roland Nef] sa demande de démission de Samuel Schmid faite officiellement il y a deux jours et une bataille politique dans ce sens n'est pas exclue. Mais, à l'heure actuelle, l'attitude n'a rien de comparable avec les exigences posées ce printemps à Evelyne Widmer-Schlumpf. En outre, l'objectif du parti est d'augmenter le nombre de ses mandats, à tous les échelons, locaux, cantonaux, fédéraux. Pour cela, il a besoin de coalitions, surtout pour le Conseil des Etats et les exécutifs. L'UDC doit donc montrer qu'elle n'est pas seulement un parti d'opposition, un rôle qu'elle a elle-même voulu jouer pendant longtemps et qui fait désormais partie de l'argumentaire critique des autres partis.

C'est dans cette perspective que l'UDC a renoncé au référendum sur les accords bilatéraux?

Je le pense, oui. Christoph Blocher a en quelque sorte payé sa dette aux milieux économiques. Le parti ne veut pas se profiler à l'excès comme «populiste», fer de lance d'une opposition intransigeante. L'UDC veut montrer qu'elle est capable de pragmatisme, de manière aussi à ne pas décevoir encore plus décevoir une partie de son électorat.

Il n'en demeure pas moins que Samuel Schmid n'a plus de parti fort?

L'affaire Nef montre effectivement aussi, concrètement, ce que signifie, pour un conseiller fédéral, le fait de travailler sans l'appui d'un groupe parlementaire. Jusqu'ici, nous étions face à une nouveauté institutionnelle sans conséquence pratique. Maintenant, pour Samuel Schmid, c'est concret: aucun parti n'est prêt à le soutenir jusqu'au bout, par exemple lors d'une telle crise, gérée avec une grande difficulté, notamment du point de vue de la communication

L'UDC n'est-elle pas tout de même pas en crise, ou du moins affaiblie?

Cela dépend de ce que l'on entend par crise. Cela fait partie du jeu politique de dire que son adversaire est en crise une fois que des difficultés émergent! L'UDC a évidemment intérêt à minimiser les effets des problèmes récents; au contraire, ses adversaires ont tout intérêt à les agrandir. Par ailleurs, une partie de ces adversaires ont eux aussi, actuellement, d'importantes difficultés, puisqu'ils disposent de ressources et de cohésion interne plus faibles que l'UDC!

Et la relève?

Le problème de la relève dépend également de la manière dont les acteurs politiques essayent d'imposer leur point de vue dans la phase actuelle. Les élections du Conseil fédéral sont remplies d'exemples de noms que l'on a sortis du chapeau au dernier moment et qui se sont révélés, dans la fonction, avoir la carrure nécessaire. De plus, l'UDC compte aussi de nombreuses personnalités moins connues, au profil peut-être moins acéré que celui d'un Christoph Blocher, mais qui pourraient assumer ce rôle. /AGI

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