L'épidémie d'Ebola stimule la recherche sur les maladies tropicales

L'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest pourrait avoir des conséquences bénéfiques sur la recherche pharmaceutique dans le domaine des maladies tropicales.

25 sept. 2014, 12:25
Depuis le début de l'année, l'épidémie du virus Ebola a fait 2461 morts, principalement en Afrique de l'ouest.

La recherche sur les maladies tropicales figurait au bas de la liste des priorités des groupes pharmaceutiques, faute de perspectives de rentabilité. Mais l'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest, avec près de 3000 victimes, pourrait changer la donne.

Grâce aux fonds des Etats et des organisations de santé essentiellement, plusieurs firmes pharmaceutiques sont désormais en lice. C'est à qui développera le premier médicament ou vaccin contre la maladie meurtrière, découverte voici 40 ans dans les forêts d'Afrique centrale.

Les experts en santé espèrent que l'intérêt se portera aussi sur d'autres maladies tropicales rares. L'attention pour Ebola notamment a crû en raison de l'ampleur du foyer, estime Chris Elias, directeur de recherche de la Fondation Bill & Melinda Gates. Celle-ci a fait don de 50 millions de dollars pour la lutte contre le virus.

D'autres maladies tropicales restent pour l'heure sans remède. Ou les traitements ne sont tout simplement pas accessibles dans les régions les plus pauvres du monde. C'est le cas de la rage, de la maladie du sommeil ou d'autres infections causées par des parasites, qui affectent des millions de personnes ou qui tuent.

Mince portefeuille

Les sociétés pharmaceutiques reculent souvent face aux coûts élevés de recherche pour des médicaments ne promettant que de maigres rendements. Selon une étude de la revue médicale "The Lancet", 336 nouveaux médicaments ont été développés dans la période de 2000 à 2011 pour toutes sortes de maladies.

Seuls quatre d'entre eux visent lesdites "maladies tropicales négligées", dont trois le paludisme et un la diarrhée. Du côté de la recherche, le portefeuille de produits en cours de développement reste également mince: seul 1% des études cliniques actuelles concerne des maladies tropicales. L'épidémie Ebola pourrait changer ces statistiques.

GlaxoSmithKline teste déjà un vaccin contre le virus Ebola sur les premiers volontaires. Le groupe britannique est impliqué dans le développement de la substance active depuis qu'il a racheté le laboratoire de biotechnologie bâlois Okairos, en 2013. Les américains Newlink Génétique et Johnson & Johnson planifient également des essais cliniques.

Novartis coopère quant à lui avec l'institut américain des allergies et maladies Infectieuses (NIAID), a indiqué la multinationale rhénane à l'ATS. Leurs études portent sur de possibles effets inhibiteurs de diverses préparations, telles que Glivec ou Tasigna, sur le virus Ebola.

Craintes politiques

L'intérêt a aussi augmenté, en partie, parce que des pays tels que les États-Unis craignent que le virus ne puisse être utilisé comme arme biologique. "Mais les efforts sont insuffisants", estime Jean-Hervé Bradol, directeur de recherche de l'organisation Médecins Sans Frontières (MSF) et coauteur de l'étude de la revue "Lancet".

"Malheureusement, seule une violente apparition de la maladie dans un pays industrialisé pourrait faire comprendre aux politiques la nécessité de ne pas négliger ces maladies infectieuses", déclare-t-il à l'agence Reuters. Et rattraper le temps perdu demandera une amélioration substantielle.

Marchés d'avenir

Jusqu'à présent, le développement de traitements pour les maladies tropicales a surtout été financé par les gouvernements, les organisations caritatives et les dons. En 2012, les sociétés pharmaceutiques ont dépensé, globalement, quelque 500 millions de dollars pour ce type de recherche, sur un montant total de 70 milliards.

GlaxoSmithKline et Sanofi figurent en tête, avec pour chacun des investissements de plus de 100 millions de dollars dédiés aux maladies tropicales, selon une étude de la Deutsche Bank. L'accent est mis sur les vaccins contre le paludisme et la dengue, qui pourraient arriver dès la fin de l'an prochain sur le marché.

Novartis mène pour sa part aussi des essais cliniques sur deux nouveaux médicaments contre la malaria. Dans le cadre de sa lutte contre le paludisme, le laboratoire entend livrer ses vaccins à prix coûtant, à l'instar de GlaxoSmithKline. Sanofi, lui, entrevoit pour son traitement contre la dengue un potentiel de ventes de plus d'un milliard de dollars par an.

Plus de 40% de la population mondiale vit dans les régions tropicales, rappelle la Deutsche Bank. Avec la croissance économique attendue dans les prochaines décennies, certains marchés de la zone deviendront toujours plus importants pour l'industrie pharmaceutique, prédit-elle dans son rapport.