L'émotion et les images fortes ont été au rendez-vous du Gothard

Il a fallu un petit quart d'heure au tunnelier «Sissi» pour percer complètement le tube Est du futur nouveau tunnel du Gothard, le troisième depuis 1880. Rarement des images aussi fortes avaient coïncidé avec l'apogée d'une carrière politique comme l'événement d'hier.

16 oct. 2010, 08:58

«Tout le monde s'est surpassé», a commenté une habitante de Sedrun, les larmes aux yeux, sur le coup de 14h30 hier après-midi. Elle ne pouvait mieux résumer l'impression générale. Politiques et ingénieurs ont su trouver des mots qui ont fait écho aux efforts consentis par les ouvriers et par les mineurs et rappeler les difficultés surmontées.

Et ce chantier, qu'on avait peut-être un peu oublié, en tout cas en Suisse romande, Lötschberg et longueur des travaux obligent, est redevenu clairement la performance technologique qu'il est - un vrai «chantier du siècle», selon l'expression consacrée, 130 ans après la percée du premier tunnel ferroviaire et 34 après celle du tunnel routier. Peu avant midi, les officiels s'étaient rassemblés près de la halle du chantier AlpTransit, à l'entrée de la montagne. Veste rouge, casque, protections pour les oreilles et, bien sûr, carte d'embarquement pour des invités et quelques dizaines de journalistes. Le jour de gloire de Moritz Leuenberger, qui quitte le Conseil fédéral à la fin du mois, pouvait commencer. «Il paraît que la performance est comparable au canal de Panama, sourit-il, et ce n'est pas moi qui le dit, c'est le «Washington Post»…»

Les invités, qui attendent patiemment à la «Staziun Alpina» s'engouffrent dans la montagne, dans un petit train nommé, en tout cas sur le panneau digital, «TGV». A l'air libre, l'attente commence. Mais la retransmission en direct mise en place par la SSR permet de retrouver bientôt les hommes et rares femmes (dont la présidente du Conseil national Pascale Bruderer, qui estime que «c'est un honneur d'être là, car nous n'avons pas travaillé, ce sont les ouvriers qui méritent d'être là») avant la mise en marche du tunnelier, «Sissi».

Renzo Simoni, directeur d'AlpTransit, la filiale des CFF qui est maître d'ouvrage du tunnel, rend hommage aux mineurs, et tout spécialement aux huit d'entre eux qui ont perdu la vie durant les travaux. Il rend aussi hommage aux ingénieurs: à 30 kilomètres du portail sud et à 27 kilomètres du portail nord, «la différence entre la réalité et les mesures théoriques s'élève à seulement 8 centimètres horizontalement et 1 centimètre verticalement.»

«La montagne est grande, nous sommes petits», a ensuite déclaré Moritz Leuenberger. Dans son discours, il a beaucoup souligné l'importance de l'ouvrage pour l'Europe, qui le lui a, après le percement, bien rendu, avec la retransmission en direct de deux discours de félicitations sur cette «œuvre magistrale», du Conseil des ministres des transports, réunis à Luxembourg. Moritz Leuenberger, les larmes aux yeux, a remercié ses futurs ex-collègues ministres des transports. En 2016 ou 2017, lorsque le tunnel sera inauguré, il n'aura plus le premier rôle, mais sera, peut-être, encore aux côtés d'Adolf Ogi pour fêter l'événement. /AGI