L'armée et les rebelles revendiquent chacun des avancées à Alep

Régime syrien et rebelles ont dit mardi avoir gagné du terrain dans la bataille cruciale d'Alep.

21 août 2012, 18:50
Les combats s'accompagnent de l'une des pires crises humanitaires au monde, avec 2,5 millions de personnes ayant besoin d'aide.

Régime syrien et rebelles ont dit mardi avoir gagné du terrain dans la bataille cruciale d'Alep, les insurgés affirmant contrôler plus de 60 % de la grande ville du nord du pays. Selon un ministre, le gouvernement est prêt à discuter d'une démission de Bachar al-Assad, alors que Moscou a critiqué les propos de Barack Obama.

Signe que la bataille n'est pas prête de s'essouffler, une source des services de sécurité a affirmé que "des renforts des deux côtés" se dirigeaient vers Alep, parlant d'"une guerre qui va prendre beaucoup de temps".

Les combats s'accompagnent de l'une des pires crises humanitaires au monde, avec 2,5 millions de personnes ayant besoin d'aide, ont estimé mardi des responsables américains. Le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi, chef du conseil militaire rebelle de la province d'Alep, a affirmé que les insurgés contrôlaient désormais "plus de 60 % de la ville d'Alep".

Hôpital installé par MSF

"Ceci est totalement faux", a réagi un responsable au sein des services de sécurité. "Ce ne sont pas les terroristes qui avancent, c'est l'armée qui progresse doucement", a-t-il indiqué. Le colonel Oqaidi a cité plus d'une trentaine de quartiers entre les mains des rebelles et revendiqué le soutien de la population.

"L'armée bombarde les centres des rebelles dans la région d'Alep pour empêcher les ravitaillements en armes et munitions d'arriver" dans la ville, a affirmé de son côté un responsable des services de sécurité. Médecins sans frontières (MSF) a annoncé avoir installé un hôpital fixe dans une zone tenue par les rebelles dans le nord, sans en préciser l'endroit exact.

Près de Damas, les forces régulières ont lancé un assaut meurtrier sur Maadamiyat al-Cham, où des "dizaines de corps" non identifiés ont été retrouvés dans un sous-sol selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Obama hausse le ton

Sur le front diplomatique, le président américain Barack Obama a haussé le ton lundi envers le régime. "Jusqu'à présent, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement" en Syrie, a-t-il dit. Mais "si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation".

A Moscou, un vice-premier ministre, Qadri Jamil, a qualifié ces propos de "propagande liée aux élections américaines" du 6 novembre.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a lui estimé que les Syriens eux-mêmes devaient choisir leur destin "sans aucune ingérence extérieure". Il a toutefois rappelé à Damas que ses efforts pour mettre un terme aux violences étaient encore insuffisants.

Et d'affirmer après une rencontre avec un haut responsable chinois, que Moscou et Pékin fondaient leur coopération diplomatique sur "la nécessité d'adhérer à la charte de l'ONU et de ne pas autoriser sa violation".

Le CNS parle d'un "gouvernement de transition"

M. Jamil a en revanche affirmé que le régime était prêt à discuter d'une démission du président Bachar al-Assad dans le cadre de négociations avec l'opposition, selon des propos en arabe traduits en russe. L'opposition refuse néanmoins tout dialogue avec le pouvoir avant un départ du président.

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, "étudie" en revanche la constitution d'un "gouvernement de transition", a dit mardi son président Abdel Basset Sayda à l'issue d'un entretien à Paris avec François Hollande.

Mardi matin, le Japon a confirmé le décès de Mika Yamamoto, 45 ans, qui couvrait les combats à Alep pour une petite agence de presse nippone, Japan Press. La chaîne en langue arabe Al-Hurra, basée à Washington, est par ailleurs sans nouvelles de deux de ses reporters, un Arabe et un Turc, qui selon les rebelles, ont été capturés par des forces pro-régime.

Au Liban voisin, au moins trois civils ont été tués et 33 autres blessés en 24 heures dans des heurts liés au conflit syrien entre deux quartiers rivaux sunnites et alaouites à Tripoli, la grande ville du nord.