«Je ne me laisserai pas intimider»

04 avr. 2008, 12:00

«Je ne quitterai pas l'UDC et je ne démissionnerai pas du Conseil fédéral». Eveline Widmer-Schlumpf délivre calmement son message. La foule de journalistes qui menacent de l'écraser contre ce mur de l'aile ouest du Palais fédéral boit avidement ses paroles.

La voix est monocorde, mais c'est son style depuis ce 12 décembre dernier où elle a déboulé de façon si inattendue sur la scène fédérale. Le message est clair: la ministre de la Justice a reçu sa mission de l'Assemblée fédérale et elle entend l'accomplir jusqu'au bout. «Je ne vais pas me laisser intimider.»

En montant avec une habileté diabolique la pression au cours de ces dernières semaines, l'état-major de l'UDC dicte une nouvelle fois l'agenda politique. Il s'acharne sur la Grisonne, la mettant en demeure de quitter le parti et le Conseil fédéral. Sa section cantonale est prise en otage: soit l'UDC grisonne l'exclut, soit elle est expulsée du parti suisse. «Cela m'a impressionnée qu'on puisse agir ainsi contre une section à laquelle on ne peut rien reprocher. Cela m'a même fait un peu peur», avoue Eveline Widmer-Schlumpf.

Aux yeux de l'observateur averti, la situation de la conseillère fédérale est difficile. Renoncer à sa carte de parti n'est pas une option. Les représentants du PS, du PDC et quelques dissidents radicaux l'ont élue en soulignant qu'ils respectaient la concordance puisqu'ils ont remplacé un représentant de l'UDC par un autre. Si Eveline Widmer-Schlumpf choisissait de quitter le parti, la construction qui légitime son élection s'effondrerait. La ministre n'a donc pas d'autre option que de s'accrocher à la légitimité de son élection en soulignant qu'elle l'a obtenue honnêtement. Mais elle tend aussi la main à son parti en rappelant qu'elle en est membre depuis trente ans.

Ce faisant, elle joue la seule carte possible: résister et espérer qu'une majorité à l'intérieur de son parti se rende compte que si Christoph Blocher et son entourage parviennent à leurs fins, ce sera la fin de toute diversité au sein de l'UDC.

Une bataille apparemment perdue d'avance. Mais Eveline Widmer-Schlumpf doit la mener jusqu'au bout, en pariant, le cas échéant, sur les possibilités inédites que susciteraient son exclusion du parti ou l'expulsion de sa section cantonale.