Genève: le mari qui a voulu faire tuer sa femme prend onze ans

Le banquier qui avait commandité l'assassinat de sa femme écope d'une peine d'onze ans de prison.

10 oct. 2014, 17:43
Le mari a été reconnu coupable d'instigation à tentative d'assassinat.

Le gérant de fortune de 57 ans qui a voulu se débarrasser de sa riche épouse en février 2012 a été condamné vendredi par le Tribunal criminel de Genève à 11 ans de prison pour instigation à tentative d'assassinat. Le tueur à gages kosovar engagé pour l'occasion écope de la même peine pour tentative d'assassinat.

Le complice du tueur à gages, qui attendait dans la voiture le soir de l'agression, a été considéré par les juges comme coauteur de l'acte et a été condamné à 7 ans de prison. L'intermédiaire, qui avait mis en contact les protagonistes de l'affaire, s'est lui aussi vu infliger une peine de 7 ans de prison.

Les juges ont rappelé que l'accusé principal a songé à tuer la mère de ses deux enfants pendant près de deux ans, pour un mobile égoïste de nature purement financière. L'homme, en instance de divorce avec sa femme, voulait l'héritage ainsi que toucher 2 millions de francs d'assurance-vie.

Pas l'air dépressif

A aucun moment, le couple, qui vivait séparé, ne s'est disputé à propos des enfants, contrairement à ce qu'a affirmé le mari cupide durant le procès. Le Tribunal criminel n'a pas non plus estimé que l'accusé était dépressif au moment des faits. Les juges se sont ainsi écartés des expertises qui prétendaient le contraire.

Même si l'accusé souffrait de dépression, ont relevé les magistrats, jamais cette maladie n'a eu un impact sur les activités professionnelles et sociales du prévenu. Le gérant de fortune, qui a bu la tasse lors de l'affaire Madoff, a toujours disposé de la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte.

Le Tribunal criminel n'a pas non plus cru au contrordre qu'aurait donné l'accusé à ses hommes de main pour tout arrêter. Pour les juges, ce contrordre ne repose sur aucune preuve. Le mari a voulu tuer sa femme et comptait faire passer cet assassinat comme un cambriolage qui aurait mal tourné.

L'homme de main de 29 ans, quant à lui, pensait avoir tué sa victime. Cette dernière avait été agressée dans le jardin de sa propriété de Chêne-Bougeries, alors qu'elle rentrait un soir de février 2012 d'un séjour en Autriche. La malheureuse avait perdu connaissance après avoir été rouée de coups et étranglée.

Procureur désavoué

Les peines prononcées sont très éloignées des sanctions demandées par le procureur Johan Droz. Ce dernier avait requis 18 ans de prison à l'encontre du mari et 16 ans à l'encontre du tueur à gages. Il avait aussi réclamé des peines de 15 ans et 13 ans de prison pour les deux autres complices.

Le représentant du Ministère public va faire appel de ce jugement. Les avocats des prévenus entendent également recourir. Le verdict a été prononcé dans une salle pleine à craquer. De nombreuses personnes d'origine kosovare étaient présentes.

L'homme qui a joué le rôle d'intermédiaire dans cette affaire possède une entreprise qui marche bien à Genève. Il est en Suisse depuis 30 ans. Le Tribunal criminel l'a laissé en liberté en attendant le jugement définitif.