Votre publicité ici avec IMPACT_medias

En quête d'une vie meilleure

Le scrutin du 26 novembre ne porte pas seulement sur le milliard destiné aux dix nouveaux membres de l'Union européenne. C'est toute l'aide aux pays de l'Est qui est concernée. Visite de projets suisses en Moldavie Tudor Darii semble être une sorte de coup de chance pour tout coopérateur. Grand, athlétique, il porte beau en dépit de ses cheveux gris. Ses yeux clairs et vifs scrutent le visiteur qu'il accueille avec un grand sourire éclatant. Une vraie gravure de mode pour pub vantant la vie paysanne. Les pieds bien plantés au milieu de son champ de poivrons, il répond obligeamment aux questions.

03 nov. 2006, 12:00

A quelques centaines de mètres de là, on voit poindre les silhouettes basses des premières maisons de Droscia, un gros bourg au nord de la Moldavie, «J'ai commencé en 1998 avec deux hectares de terres. Aujourd'hui, nous sommes propriétaires de 20 hectares», explique-t-il.

Outre les poivrons, il fait du blé, du maïs et du tournesol. Cette expansion spectaculaire, c'est à l'existence des Caisses d'épargne et de crédit (CEC) qu'il les doit.

Un rôle capital

Celle-ci lui permet année après année d'obtenir les micro-crédits qui financent ses ambitions. Il en a d'autre. «Je voudrais construire des serres. Il y a un terrain tout près de Droscia qui conviendrait. Cela m'éviterait de devoir aller trop loin pour chercher l'électricité», s'enthousiasme Tudor. Mais, las, la municipalité refuse de vendre. Jalousie, agacement devant ce paysan trop entreprenant. Il n'en sait rien.

Ce qui est clair, c'est que sans le soutien des Caisses d'épargne et de crédit, Tudor ne pourrait pas esquisser ses plans de conquête. Ce sont elles que la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) soutient. Indirectement. «Nous soutenons la formation professionnelle des responsables des caisses par le biais du Rural Development Center», explique Thomas Kugler, le chef de la DDC en Moldavie.

C'est nécessaire. Tous sont de simples villageois. Et ils ont fort à faire pour susciter la confiance de leurs concitoyens. Car tout le monde veut bien prendre un crédit, raconte Nicolas Crinincianu, directeur de la CEC de Hasnasheni Mari, un village au sud de Droscia.

Mais bien peu sont encore prêts à parier leurs économies dans l'aventure. Actuellement, la caisse de ce village ne comptabilise que 141.000 lei provenant de l'épargne publique (environ 14.000 francs), alors qu'elle a consenti pour 2,2 millions de lei de prêts (220.000 francs).

La différence est couverte par des prêts de la Banque mondiale au Ministère moldave des finances, qui les ventile à son tour par le biais d'une banque de développement rural vers les associations de crédit des villages.

Si Tudor Darii a profité de ces crédits pour multiplier par dix la surface de son exploitation, certains demandeurs poursuivent des ambitions plus modestes. Exemple: Raissa Ciolu, une femme rondouillarde et énergique. Chaque année, elle fait un emprunt de 10.000 lei (1000 francs) auprès de la CEC de Hasnasheni Mari. Cela lui permet de planter du maïs, du tournesol et du blé et d'entretenir quelques bêtes sur ses 10 hectares de terre.

Avec le produit de ses ventes, elle rembourse son crédit et les intérêts (24%). A la différence de la famille Darii, Raissa n'investit pas son profit dans la terre, mais dans les études de son fils. Elle espère lui assurer ainsi un avenir meilleur. Le hic de cette démarche: les jeunes sont aujourd'hui surqualifiés par rapport aux emplois qu'offre l'économie moldave. Le risque est grand que le fils de Riassa Ciolu rejoigne les cohortes de jeunes chômeurs diplômés qui devront trouver leur salut dans l'émigration.

Il faut agir

Haussement d'épaules de Raissa. Cela ne sert à rien de se lamenter. Il faut faire quelque chose. Ils étaient 650 à le tenter dans ce village au cours des deux années écoulées grâce aux crédits de la caisse. Et il n'y a eu jusqu'à présent que cinq défauts de paiement pour des montants de l'ordre de 15.000 lei (1500 francs), explique fièrement Nicolas Crinincianu.

Les coopératives de crédit ne sont pas les seules à bénéficier des attentions de la DDC. Outre la réhabilitation d'une prison de femmes à Rusca, de quatre centres d'accueil psycho-neurologiques et de diverses écoles et internats, l'approvisionnement en eau des villages fait l'objet d'une sollicitude toute particulière.

Tous ces projets ne sont évidemment pas transférables grandeur nature aux nouveaux pays membres de l'Union européenne qui seront les bénéficiaires du milliard de francs d'aide promis par la Suisse dans la foulée de la signature des accords bilatéraux II et d'extension de la libre circulation.

Les conséquences d'un non

«Il ne faut pas oublier que ce qui est en jeu lors de la votation du 25 novembre, ce n'est pas seulement le milliard de cohésion, mais toute la loi sur l'aide à l'Est», rappelle Thomas Kugler. Si un non passe, ce sont l'ensemble des projets de la DDC dans l'ancien glacis communiste qui seront mis à mal.

Mais les expériences moldaves ne sont pas sans enseignement sur le type de projets que la DDC pourrait financer dans les nouveaux Etats membres de l'UE comme la Pologne ou la Slovaquie.

Au sein de la DDC, on a déjà dans le collimateur les régions limitrophes orientales de ces pays, souvent laissées pour compte. Leurs besoins ne sont pas moins criants que ceux de la Moldavie. / ERE-La Liberté

Votre publicité ici avec IMPACT_medias