Eclairage: «Plus de technologie exige plus d’humanité»

Des universitaires nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société ou de recherche. Aujourd’hui, Antoine Perruchoud, professeur à la HES-SO Valais, évoque la singularité de l’humain par rapport aux robots.

20 nov. 2019, 17:00
Un nombre croissant de tâches réalisées par des humains sont désormais effectuées par des robots.

«L’avenir consistera à associer l’intelligence artificielle des ordinateurs aux capacités cognitives, sociales et émotionnelles des êtres humains, de sorte que nous éduquions des êtres humains de premier ordre, et non des robots de second ordre.» (OCDE, direction de l’éducation.)

L’avenir, c’est d’abord une «quatrième révolution industrielle» qui se caractérise par une économie de plus en plus digitalisée et la montée en puissance de l’intelligence artificielle (IA). Un nombre croissant de tâches réalisées par des humains sont désormais effectuées par des robots. Que ce soit un «vitibot» qui se balade dans nos vignes «H24» ou un «medibot» qui analyse non-stop nos données médicales digitalisées, la logique est toujours la même: laissons les «machines» faire le travail rébarbatif à notre place.

Est-ce que cela va «tuer» le métier du vigneron ou du médecin? Non, bien au contraire. Pour certains travaux, inutile de lutter, la machine bat déjà l’humain que ce soit en matière de précision ou de productivité. Si dans certaines situations, nos capacités manuelles ou intellectuelles sont dépassées par celles d’une IA, ce sont donc des compétences socioémotionnelles que le travailleur de demain devra mettre en avant et maîtriser.

Faire preuve de créativité, de lien social.

Comment transmettre des émotions à des clients amateurs de bons vins? Comment interagir et prendre du temps avec un patient face à un diagnostic médical lourd? Les limites de la technologie s’arrêtent là où dans chaque métier plus d’empathie ou de bienveillance sont possibles, voire nécessaires.

Par conséquent, notre défi dans cette compétition, ou plutôt complémentarité, «humain-machine», est de s’assurer que notre système de formation développe ces compétences socioémotionnelles. Si le transfert de connaissances reste le noyau de base de tout système éducatif, il importe aujourd’hui de repenser certaines priorités. Quels espaces ouvrons-nous pour un apprentissage plus expérientiel et interactif? Combien de temps consacrons-nous à évaluer le potentiel cognitif et émotionnel de nos apprenants? Pour l’OCDE, les compétences clés qui feront demain la différence et notre singularité face à un robot sont claires: faire preuve de Créativité, de lien social (Communication et Coopération) et d’un esprit Critique reposant autant sur la logique que la recherche de sens.

Faire de la place dans nos cursus à ces 4C, ces compétences à «haute densité humaine», est essentiel pour que «l’intelligence du cœur» et «l’intelligence du collectif» prennent une place prépondérante dans nos écoles et métiers. Nous aurons alors définitivement gagné en humanité et laissé la technologie à sa place.