Votre publicité ici avec IMPACT_medias

Des dossiers sur la CIA ont été envoyés au pilon

L'opération «Nuit et brouillard» visait à éliminer des informations sensibles sur la CIA découvertes dans le cadre de l'enquête sur les Suisses mêlés au réseau pakistanais de trafic nucléaire. Mais des copies ont survécu. Enquête. Depuis 2005, une famille d'ingénieurs suisses fait l'objet d'une enquête pour le rôle joué dans le réseau de trafic nucléaire d'Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe nucléaire pakistanaise. L'affaire est explosive. A la demande de Washington, le Conseil fédéral aurait ordonné secrètement de faire disparaître des dossiers d'enquête toutes les pièces liées au rôle de la CIA dans cette affaire. Celle-ci aurait «retourné» la famille suspecte pour la faire travailler contre Khan.

18 mai 2008, 12:00

Le juge d'instruction fédéral chargé de l'affaire a déclaré le 13 mars dernier que le dossier qui lui a été transmis par le Ministère public de la Confédération (MPC), le 1er février, est «incomplet». Notre journal (lire l'édition du 19 avril) a déjà rapporté certaines pièces du puzzle et, depuis, les confidences se poursuivent sous les alcôves bernoises.

Car «incomplet» est un euphémisme. Selon un article qui paraît aujourd'hui dans la «Basler Zeitung», ce ne sont pas moins de la moitié des 200 classeurs fédéraux assemblés par le MPC qui ont été liquidés. L'article du quotidien confirme et complète les informations dont les médias ont déjà fait état.

L'action ordonnée par le Conseil fédéral lors de sa fameuse séance secrète du 14 novembre se serait déroulée sous la férule du directeur de l'Office fédéral de la justice, Michael Leupold. Le Service de renseignement stratégique a notamment reçu l'ordre de détruire toutes les pièces ayant trait à cette affaire, affirme la «Basler Zeitung». Mais plusieurs erreurs ont été commises. Tout d'abord l'index qui accompagne les dossiers n'a pas été modifié. Andreas Müller, le juge d'instruction fédéral qui a réceptionné le dossier, n'a donc eu aucune peine à s'apercevoir qu'un grand nombre de pièces manquaient.

Mieux. Les responsables de l'action «Nuit et brouillard» ont oublié que H.M. (initiales d'emprunt), un des ingénieurs sous enquête, avait réclamé sa libération en avril 2007. Cette requête a été rejetée en juillet 2007 par le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, puis en octobre 2007 par le Tribunal fédéral de Lausanne. Or, afin de pouvoir statuer, les deux tribunaux ont reçu des copies complètes des dossiers, assure la «Basler Zeitung».

D'autres documents seront simplement réclamés une nouvelle fois aux autorités judiciaires étrangères qui les ont fournies. Indépendant, un juge fédéral a le droit d'effectuer ces demandes d'entraide judiciaire et Andreas Müller n'a jamais caché qu'il entendait faire usage de ses compétences.

Plus fou encore: des fonctionnaires rebelles ont fait des doubles de documents délicats, notamment pour les remettre à la presse. Ainsi, la «Sonntagszeitung» a reçu la copie d'un «accord» daté du 21 juin 2003 entre T.M., le frère de H.M, lui aussi en prison, et la CIA. Cet «accord» règle l'échange d'informations avec 1 million de dollars. C'est Eveline Widmer-Schlumpf qui doit maintenant gérer les conséquences de toute cette affaire. La ministre a déjà acquis l'intime conviction que le Conseil fédéral doit communiquer sur cette affaire.

Mais pour l'heure, elle veut que les enquêteurs et la délégation de gestion, qui se penchent déjà sur ce dossier, puissent faire leur travail. / ERE

Votre publicité ici avec IMPACT_medias