De l'aide contre les excès de la CIA

Le politicien tessinois Dick Marty a peu de moyens pour mener ses enquêtes. Il estime qu'il est temps que l'opinion se réveille L'exemple n'est pas neuf, mais il reste saisissant: le 17 février 2003, 25 agents de la CIA s'emparent en plein jour au centre de Milan d'Abou Omar, réfugié politique d'origine arabe. Et cela au nez et à la barbe de la police et de la justice milanaise qui le surveillaient de près, reconstituant fébrilement le réseau islamiste que l'homme tissait en Italie. Après une étape à la base aérienne américaine d'Aviano, suivi d'une escale à Rammstein en Allemagne, l'Egyptien kidnappé se retrouve dans les geôles du Caire. Interrogatoire et torture ont lieu alors que le chef de l'opération de kidnapping, en Italie, sous couverture consulaire, est présent en Egypte.

15 janv. 2006, 12:00

Pour le conseiller aux Etats et ancien procureur du canton du Tessin, Dick Marty, il ne fait guère de doute que le gouvernement Berlusconi était au courant des projets de la CIA et qu'il les couvre. Même aujourd'hui, le ministre de la Justice bloque des requêtes d'entraide judiciaire avec les Etats et les mandats d'arrêt lancés par le parquet de Milan contre 21 agents de la CIA,explique-t-il au cours d'une conférence de presse qui s'est déroulée hier, à Burgdorf (BE). En attendant, histoire de montrer leur mécontentement, les enquêteurs milanais ont donné une copie de leur dossier au Tessinois, rapporteur spécial de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe sur le problème des prisons secrètes de la CIA. L'affaire illustre aussi les difficultés que Dick Marty rencontre dans sa mission. «Je n'ai aucun pouvoir spécial», dit-il. Par conséquent il doit compter sur l'intervention des parlementaires des pays respectifs, afin qu'ils demandent des comptes à leurs gouvernements et, comme dans le cas milanais, sur la bonne volonté des autorités judiciaires afin qu'ils lui permettent de mettre son nez dans leurs dossiers.

Sous la pression

Du coup, l'attitude du Conseil fédéral, où l'affaire du fax égyptien intercepté par les services de renseignement suisses semble démontrer qu'il en sait plus long qu'il veut bien en dire, reste un sujet particulièrement délicat. «Nous allons en parler», se contente-t-il de dire. La Suisse n'est d'ailleurs pas au centre de ses préoccupations. D'autres pays méritent plus d'attention.

Pour Dick Marty, il est clair que les pays européens doivent se réveiller pour sauver les droits de l'homme, soulignant à plusieurs reprises que c'est avant tout l'opinion et les médias américains qui ont mis les pratiques de leurs services secrets sur la sellette. / ERE