Bien mieux que prévu

Avec un déficit de 100 millions au lieu de 1,8 milliard prévu, l'année 2005 s'est bien terminée pour le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz. Mais il faudra encore réduire les dépenses pour le budget 2007 Les chiffres d'abord: en 2005, la Confédération a encaissé 500 millions de francs de plus que prévu. Et surtout, elle a dépensé 1,1 milliard de francs de moins qu'initialement budgété, a annoncé hier le chef du Département fédéral des finances Hans-Rudolf Merz.

01 févr. 2006, 12:00

Cela améliore le résultat du compte financier de l'année écoulée de 1,7 milliard de francs. Au lieu de la terminer avec un déficit de 1,8 milliard de francs, comme projeté, les chiffres rouges se sont considérablement réduits pour n'atteindre que 100 millions de francs. A noter que ces chiffres ne contiennent ni les recettes extraordinaires (8,4 milliards de francs provenant d'un côté des ventes d'or de la BNS (7 milliards) et d'une cession d'actions de Swisscom (1,4 milliard). Bref, ce que le Département fédéral des finances avait déjà laissé entendre en octobre dernier s'est largement confirmé.

De la précision

Les explications ensuite: l'amélioration des recettes est essentiellement due aux bons résultats de l'impôt anticipé. Celui-ci a rapporté 985 millions de francs de plus que prévu. Par contre, le droit du timbre est resté nettement en dessous des attentes. Il a rapporté 597 millions de francs de moins que budgété. Hans-Rudolf Merz s'est toutefois réjoui de la précision des projections de son département. 500 millions de francs représentent 1% du total des recettes. Or, cette exactitude est une prémisse pour le bon fonctionnement du frein à l'endettement.

A noter que les 8,4 milliards de francs de recettes extraordinaires seront dans un premier temps affectés à la réduction de la dette. Les 7 milliards produits par la vente de l'or à la BNS seront reversés à l'AVS si le peuple rejette l'initiative COSA et aucun référendum n'est lancé contre le contre-projet.

Du côté des dépenses, le bon résultat est en partie le fruit du programme d'allégement 03. De plus, une certaine discipline commence à s'établir au sein de l'Administration fédérale. «Les demandes de suppléments de crédit n'ont jamais été aussi bas qu'en 2005», s'est réjoui le ministre des finances. Les fonctionnaires fédéraux se montrent aussi plus parcimonieux dans la gestion de leurs ressources. «Au lieu de dépenser d'urgence les restants d'une ligne budgétaire à la fin de l'année, on nous les reverse», jubile un collaborateur du DFF.

Personnel en diminution

La baisse du personnel de la Confédération commence aussi à se ressentir. Alors que l'administration comptait à son apogée en 2003 un effectif de 34.619 personnes, elle en recensait 33.290 en 2005, soit 1329 de moins. A titre de comparaison, la Confédération avait embauché entre 2000 et 2003 un total de 3349 personnes supplémentaires. D'ici 2010, 4000 autres emplois sont appelés à disparaître.

Encore des réductions

Comme tout ministre des finances qui se respecte, Hans-Rudolf Merz s'est enfin fait rabat-joie. «Nous allons dans la bonne direction, mais nous n'avons aucune raison de nous montrer euphorique», souligne-t-il. «Nous n'avons pas encore atteint un équilibre structurel», avertit-il.

De plus, les travaux préparatoires pour le budget 2007 montrent clairement qu'il faudra encore réduire les dépenses de 500 millions, le frein à l'endettement prescrivant un excédent budgétaire de 400 millions. De plus, le grand argentier de la Confédération voit encore poindre à l'horizon toute une série de dépenses qui rendront l'exercice difficile. Cela va des aides aux régions de Suisse centrales affectées par les intempéries à la décision de rétablir les subsides au site Swissinfo de la SSR destiné aux Suisses de l'étranger. / ERE

Pas de fantaisies

COMMENTAIRE - Par Erik Reumann

La lecture du compte financier 2005 va susciter des appétits contradictoires. Du côté de la gauche on soutient déjà que l'austérité budgétaire voulue par la droite est excessive puisque les résultats sont meilleurs que prévu et qu'on a ainsi pris une avance considérable par rapport au plan financier. Elle souhaite déjà ôter les brides imposées à grande peine au ménage fédéral.

De l'autre, la droite économique qui estime toujours que les efforts consentis sont insuffisants et qu'il convient de biffer quelques lignes de crédits supplémentaires, histoire de libérer la société et l'économie de cette engeance qu'est un Etat et ses fonctionnaires.

Soyons clairs: il est certain que des efforts considérables restent nécessaires pour assurer l'avenir financier de la Confédération. Il n'est simplement pas acceptable de laisser la dette de la Confédération croître continuellement. Elle dépasse les 130 milliards de francs en 2005 et c'est sans compter les trous dans les caisses de pension du secteur publique et dans le fonds de l'AI/AVS. Vivre sur la carte de crédit n'est simplement pas acceptable, que ce soit pour le simple particulier ou pour l'Etat. Tôt ou tard, le banquier va se pointer pour que l'ardoise soit réglée.

Mais au grand dam des détracteurs de l'Etat, toute accélération du mouvement suscitera plus de désagréments que de bénéfices. Un régime plus brutal va détériorer le climat social et avoir une incidence négative sur la conjoncture. Il n'y a qu'une solution: patienter que la réduction de la dette libère les sommes affectées à son service et rende à l'Etat une certaine liberté de manoeuvre. Il sera alors assez tôt pour se battre afin de savoir s'il faut affecter ces ressources à de nouveaux projets ou réduire les impôts. / ERE