Berne est invité à légiférer sur la formation continue

Les institutions de formation estiment que le gouvernement ne respecte pas le mandat constitutionnel de 2006. Selon elles, la crise rend une loi cadre urgente.
02 août 2015, 18:47

La formation continue est un marché qui dégage un chiffre d'affaires de plus de cinq milliards de francs par an. C'est cependant un marché qui manque de transparence car l'offre est vaste et la valeur des documents délivrés reste parfois incertaine. Une loi cadre devrait permettre de clarifier la situation, mais elle se fait désirer.

La Confédération ne fait rien pour concrétiser l'article constitutionnel voté en 2006. Voilà pourquoi quelque 150 associations et institutions de formation continue sont montées au créneau, hier, pour rappeler le Conseil fédéral à ses devoirs. «Le gouvernement doit élaborer une loi cette année encore», souligne Rudolf Strahm, qui est aujourd'hui président de la Fédération suisse pour la formation des adultes (FSEA) après avoir siégé au Conseil national puis occupé le poste de M. Prix.

La FSEA n'a pas peur des mots. Elle estime être confrontée à un «blocus» du Conseil fédéral, qui avait inscrit le projet dans son programme de législature, mais qui a décidé en mars dernier de ne pas publier le rapport préparé par le Département de l'économie. La question est également du ressort du Département de l'intérieur. Aussi, la commission de la science, de l'éducation et de la culture du Conseil des Etats a-t-elle invité les deux chefs de Département Doris Leuthard et Pascal Couchepin à s'expliquer devant elle la semaine prochaine. En l'absence de réponses satisfaisantes, elle pourrait se rallier à la commission du National,présidée par la socialiste vaudoise Josiane Aubert, qui a pris le taureau par les cornes en déposant une initiative parlementaire destinée à contourner l'attentisme du gouvernement.

Officiellement, celui-ci ne remet pas en cause ses obligations, mais il veut au préalable «clarifier» certaines questions, explique Jean-Marc Crevoisier, le porte-parole de Pascal Couchepin. Traduction: c'est une affaire de gros sous. L'attribution de nouvelles compétences à la Confédération risque d'entraîner des dépenses supplémentaires alors que le budget global alloué à la formation n'est pas susceptible d'augmenter pour le moment.

Rudolf Strahm alimente ces craintes en mettant le doigt sur les différences de prise en charge des frais de formation. «Un patron d'entreprise peut être appelé à payer plusieurs milliers de francs pour la formation continue de l'un de ses employés alors que la formation universitaire est presque gratuite.» Cela n'empêche pas l'Union suisse des arts et métiers de rejeter toute ingérence étatique. Selon elle, la formation continue doit continuer à être réglée par les conventions collectives.

Pour Josiane Aubert, c'est au contraire une problématique qui doit être abordée de façon globale. «Près de 50% des personnes actives ne travaillent plus dans le domaine dans lequel elles ont été formées à la base», note-t-elle. «Aujourd'hui, les adultes doivent se former tout au long de leur vie professionnelle. La crise renforce encore cette nécessité. Or la formation continue actuelle fonctionne bien pour les personnes qui ont déjà un niveau de formation élevé, mais elle est insuffisante pour les autres.» /CIM