Affaire Ramadan: l'islamologue genevois reconnaît une relation sexuelle avec l'une des plaignantes

La défense de Tariq Ramadan se fissure. Alors qu'il avait jusqu'ici nié tout rapport sexuel avec les différentes femmes qui l'accusent de viol, l'islamologue genevois, détenu à Paris depuis deux mois et demi, a reconnu une relation consentie avec l'une d'elles. Il admet également d'autres contradictions dans ses déclarations initiales.

19 avr. 2018, 13:20
Tariq Ramadan est incarcéré en France depuis le 2 février dernier (archives).

Une robe tâchée de sperme et la reconnaissance d'une relation consentie avec une des plaignantes qui a porté plainte pour viol contre Tariq Ramadan pourraient amener l'islamologue suisse à changer de système de défense. Il est actuellement détenu en France.

Mis en examen pour viol et viol sur personne vulnérable et incarcéré depuis le 2 février, Tariq Ramadan est aujourd'hui visé par cinq plaintes - trois en France, une aux Etats-Unis et une en Suisse - pour des faits similaires assortis de violences. Des accusations qu'il a jusqu'ici formellement contestées.

Il a cependant reconnu avoir eu des relations avec une des trois plaignantes françaises, identifiée sous le prénom de Marie, ex-escort-girl de 45 ans qui fut citée dans l'affaire de proxénétisme du Carlton dans laquelle l'ex-ministre socialiste Dominique Strauss-Kahn a été mis en cause avant d'être relaxé.

Elle a décrit aux enquêteurs le même mode opératoire que les autres plaignantes : une phase de séduction sur les réseaux sociaux à un moment difficile de sa vie, puis des rencontres tournant très vite à l'agression sexuelle violente.

 

 

Traces de sperme

"Il la connaît, il a eu une relation avec elle, mais qui n'est pas celle qu'elle a décrite", a dit Me Emmanuel Marsigny, l'avocat du théologien. Cette femme a remis aux enquêteurs une robe sur laquelle il y a, selon elle, des traces de sperme de Ramadan. "Une expertise a été ordonnée hier", a précisé l'avocat du théologien.

Selon une source proche du dossier, cette robe s'ajoute à "un volume incroyable d'échanges vocaux, écrits et vidéos", dont "90% sont à caractère sexuel très explicite", entre l'islamologue et Marie, mais aussi des menaces "quasi systématiques" dès que la jeune femme se rebelle.

 

 

"Contradictions flagrantes"

Après l'avoir longtemps nié, le petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans a par ailleurs admis être bien arrivé le matin du 9 octobre 2009 à Lyon et non en fin d'après-midi pour une conférence, ce qu'au moins un témoin, qui était allé le chercher à l'aéroport, a confirmé.

C'est précisément cet après-midi-là qu'une plaignante, identifiée sous le prénom Christelle, quadragénaire convertie à l'islam et handicapée, dit avoir été violée par Tariq Ramadan dans sa chambre d'hôtel et y être ensuite restée prostrée jusqu'à une heure avancée de la nuit. Si l'alibi invoqué dans un premier temps par Tariq Ramadan est tombé, il continue de contester les accusations de cette femme, dont le fait qu'elle serait restée dans sa chambre.

Son avocat a notamment demandé que soient examinés des échanges par messagerie électronique entre Christelle et un témoin, révélant selon lui des "contradictions flagrantes" avec la version donnée par la plaignante aux enquêteurs.